TRAITÉ

DES POISONS.

TOME II.

TRAITÉ 35410/!

DES POISONS

TIRÉS

DES RÈGNES MINERAL, VEGETAL ET ANIMAL,

OU

toxicologie générale,

CONSIDEREE,' SpUS LES RAPPORTS DE , LA , PHYSIOLOGIE , DELA PATHOLOGIE Et DE LA MEDÈélNE LEGALE

Par M. P. ORFILA,

Médecin par quartier de S. Ma; Membre correspondant de l’Institut ; Membre de la Société médicale d’Emulation, de l’Université de Dublin, de Philadelphie, des Académies de Madrid, de Barcelonne, de Murcie, des Iles Baléares , Livourne; Professeur de Chimie à l’Athénée royal; Profes¬ seur de Médecine légale, etc.

seconde édition, revue, corrigée et augmentée.

Çhez CROCHARD, Libraire, rue de Sorbonne, 3. ï8ï8.

TABLE

DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME.

CHAPITRE III , Classé me. Des Poisons âcres. Page i

De T Ellébore blanc. Ibid.

Action de l’Ellébore blanc sur T économie animale. 3

Observations. 1 2

Del' Ellébore noir. i4

Action de la racine d Ellébore noir sur T économie animale. Ibid.

Observations. 22

De la Bryone. 29

Action de la racine de Bryonè sur V économie ani¬

male 3o

Observations. - 3x

De T Élalérium. 3a

Action de TÉlatérium sur l'économie animale. Ibid. De la Coloquinte. 34

Action de la Coloquinte sur V économie animale. 35

Observations. 38

De la Gomme-gutte. 41

Action de la Gomme-gutte sur T économie animale. 42

Du Garou. 45

Action du Garou sur V économie animale. 46

Du Ricin. 48

Action du fruit du Ricin sur l'économie animale. 49

De T Euphorbe. 5i

vj TABLE dés matières.

diction de V Euphorbe sur ï économie animale. Page 5s

De la Sabine. 56

Action des feuilles de Sabine sur V économie animale. 5 7 Du Rlius radicans et du Toxi coden dron. 58

Actiori du Rhus radicans sur V économie animale. 60

Observations. 62

De V Anémone pulsatille. 64

Action de V Anémone pulsatille mr T économie ani¬ male. Ibid.

Observations. 66

De fAcoMt. 68

Action de V Aconit napel sur l'économie animale. 69 ' ObsferVàtfôn's. v ' . : 1 ' ' -77

De la, Chélidoine. 81

Action de la Chélidoine sur T économ ie animale. Ibid. De la Staphysaigre. ' 83

Action de la Staphysaigre sur l'économie animale. Ibid. Du Narcisse des prés. ' v85

^ Action du Narcisse des prés sur V économie animale. 86 De rOËüaïitlie crbcata.5 v - ^ - -88

.. ''"Observations. Ibid.

De la Gratiole. 91

Action de la Graliole sur ï économie animale. 92 ' Observations. :'-c' ; 94

Du Jalropha curcas ( pignon d’indej. 97

Àptiôridu Jàtropha cdfcas sur Vëcün'b'riiib animale. Ibid.

DelaScille , t)9

: Action de la Scille sur T économîë àMmale; 100

Du ’ÿfëdüth àcrefjbitbdrBé-'âés rdtW)\ '• * '* 102

Action du Sédum âcre sur l'économie animale. i o3 De la Renoncule dés prés. Ibid.

; Action de la Renoncule des prés sur l'économie ani¬ male \ ' 1 - 104

Du Nitrate de Potasse. . I lS4

TÀBLE DES Si "k T I È R. E S. VÎ}

Observations. Page 1 1 7

Histoire chimique du Nitrate de Potasse, 126

Du Chlore (gaz muriatique oxigéné), 127

Action du Chlore gazeux sur l'économie animale. 128 Action du Chlore liquide sur l'économie animale. i3o Du &az acide nitreux. Ibid.

Action du Gaz acide nitreux sut ï économie ani¬ male. i3i

Observations. Ibid.

Du Gaz acide sulfureux. i33

Symptômes produits par les Poisons âcres. i34

Lésions de tissu produites par les Poisons âcres. i35 Action générale des Substances âcres sur T écono¬ mie animale. 187

Traitement de l'empoisonnement par les poisons âcres. i3g

CHAPITRE IY, Classe ive. Des Poisons narcoti¬ ques. i42

De l'Opium. Ibid.

Action de l’Opium sur V économie animale. i43

Observations. i5o-

De la Morphine. t65

Action de la Morphine sur T économie animale. 167 Expérience f aites avec la morphine, Ibid.

Expériences faites avec les sels de morphine. 168: Expériences faites avec la morphine dissoute dans l'huile, d'olives. 178

Expériences faites avec morphine dissoute dans l'alcool. ' 17A

E xpériénces faites avec V extrait aqueux d’opium privé de morphine. N 176

T rai tement de l'empoisonnement par la morphine. . 17 7-

. Conclusions. . , Ibid.

De la Jusquiame noire..

VÜj TABLE DSS MATIERES.

Action de la Jusquiame sur T économie animale. Page 1 80 Observations. i85

De T Acide hjdro-cyanique (prussique). 191

Action de l’Acide hydro-cy unique sur l’économie ani¬ male. 193

Expériences faites avec T acide hydro-cy anique de Schêele. Ibid.

Observations. 198

Expériences faites avec V acide hjdro-cyanique pur. 199 Du Laurier-cerise. 200

Action de T Eau distillée du Laurier-cerise sur l'éco¬ nomie animale. Ibid.

Observations. 206

De V Huile de Laurier-cerise. 207

De l’Extrait aqueux de Laurier-cerise. 208

Action des Amandes amères sur V économie animale. Ib. Delà Laitue vireuse. 212

A dion de la Laitue vireuse sur V économie animale. Ib. Des Solanum. 2 1 5

Du Gaz azote » . 222

Action du Gaz azote sur l’économie animale. Ibid.

Du Protoxide d’ Azote (oxidule d’azote). 223

Symptômes produits par les poisons narcotiques. 224

Lésions de tissu développées par les Poisons narco¬ tiques. 225

Traitement de l’empoisonnement par les Narcotiques. 227 i°. Du Vinaigre et des Acides végétaux. Ibid.

20. De /’lnfusum et du Decoctum de Café. 234

Decoctum de café. 236'

3°. Du Chlore dissous dans Veau (acide muriatique oxigéné liquide). 238

4°. Du Camphre. 241

5°. De l'Èau et des Boissons mucitagineuses. 242

6°. De la Saignée. 244

TABLE DES MATIÈRES. IX

CHAPITRE Y, Classe ve. Des Poisons narcotico - acres. Page 253

De la Belladona. Ibid.’

Action de la Belladona sur l économie animale. 254 Observations. 258

Du Datura stramonium. 262

Action du Datura stramonium sur T économie animale. Ib. Observations. 2 65

Du Tabac. 266

Action du Tabac sur T économie animale. 267

Observations. 274

De la Digitale pourprée . 276

Analyse de la Digitale pourprée. 277

Action de la Digitale pourprée sur l'économie ani¬ male. 378

Observations. 289

Du Mouron des champs. 295

Action de T Extrait de Mouron sur V économie ani¬ male. Ibid.

De T Aristoloche. 296

Action de T Aristoloche clématite sur l'économie ani¬ male. Ibid.

De la grande Ciguë . 298

Action de la grande Ciguë sur l'économie animale. 299 Observations. 3o5

De la Ciguë aquatique. 309

Action de la Ciguë aquatique sur l'économie ani¬ male. 3 1 o

Observations. 3n

De la petite Ciguë. 3i3

Action de la petite Ciguë sur l' économie animale. 3i4 Observations. Ibid.

De la Rue. 3i5

Du Laurier rose. 317

± TABLE DES MATI.ER.ES.

Action du Laurier rose sur T économie animale . Page 3 1 8 Observations. , 3a3

De TUpas tieuté. 3®4

Action de VUpas tieuté sur l'économie animale. Ibid. De la Noix vomique. 33 r

Analyse de la noix vomique, ' 33a -

Action de la Noix vomique sur V économie animale. 3 3 3 Observations. 34®

De la Fève de Saint-Ignace. 343

Action de la Fève de Saint-Ignace sur V économie animale. 344

Observations. Ibid.

Conclusions sur les effets des Strychnos. 345

De Z’Angustura pseudo-ferruginæa. 346

Action de Z’Ângustura pseudo-ferruginæa sur l'éco¬ nomie animale. 348

Observation. 353

De VUpas dntiar. 355

Action de V Upas antiar sur l’économie animale . 356

Du Ticunas ou Poison américain. 358

Action du Ticunas sur V économie animale. 35gt

Du Woorara. 36 1

Action du Woorara sur l'économie animale. Ibid.

Du Curare. 364

! Expériences de M. Emmer sur les poisons améri¬ cains . 366

Du Camphre. 368

Propriétés physiques et chimiques du Camphre. Ibid. Action délétère du Camphre. dqo

Observations. 3qj

De la Coque du Levant.

Des Champignons vénéneux. 385

De l’Agaric. Ibid.

Agarics à volva incomplète . 386

TABLE DES M A TT F. B E S.

De la Faûsse- Oronge.

Page 386'

Action de laFausse-Oronge suri économie anim. Ibid.

Observations.

887

Agarics à volvà complète.

389

De T Agaric bulbeüæ.

Ibid.

De T Agaric printanier.

Ibid.

Action de T Oronge-ciguë sur T économie animale. 3go

Observations.

392

De V Oronge-souris.

393

Action de V-Orongè-souris sur l'économie

ani-

male.

394

Observations.

Ibid.

Agarics sans volva.

%7

De l' Agaric meurtrier.

Ibid.

De V Agaric âcre.

398

De l'Agaric caustique.

Ibid.

De V Agaric styptique.

•Ibid.

Histoire de quelques autres Champignons vénéneux. 3gg

De l'Oronge croix de Malte.

Ibid.

De V Œil de corneille.

’i'oo

Observations.

Ibid.

De la T ête de Méduse.

4°i

Du Blanc d'ivoire.

î 4°95

Du Laiteux pointu rougissant.

Ibid.

De VOEU de T olivier.

463

De l' Entonnoir creux et vénéneux.

' -404

Du Grand-Moutardier.

' Ibid.

Observations.

Ibid.

Indices qui doivent faire suspecter les Champignons. 4 i o

Action de l'Alcool sur V économie animale.

- 4n

De l'Ether Sulfurique: '

41B

Du Gaz acide carbonique.

1 4 k)

Action du Gaz acide carbonique sùr V économie ' -

- animale. .

Ibîd.

Xlj TABLE des matières.

Des Gaz qui se dégagent pendant la combustion du charbon. Page épi i

Du Seigle ergoté. 424

Action du Seigle ergoté sur l’économie animale. 42^ Des effets des Plantes odorantes sur l’économie ani¬ male. 43 1

Symptômes produits par les Poisons narcotico-âcres. 434 Lésions de tissu développées par les poisons narcotico- âcres. 435

Action générale des Poisons narcotico-âcres sur l’éco¬ nomie animale. Ibid.

Traitement de T Empoisonnement parlespoisqns nar¬ cotico-âcres. 4^6

Procédé pour introduire de Pair dans les poumons. 44^ CHAPITRE VI, Classe vie. Des Poisons septiques ou putréfions. 449

DuGaz acide hydro- sulfurique (hydrogène sulfuré). Ibid. Action du Gaz acide hydro-sulfurique sur ï écono¬ mie animale. 4^°

Observations. 4^4

Symptômes de V empoisonnement par l’acide hydro¬ sulfurique. 4^8

Traitement de T Asphyxie produite parle gaz acide hydro- sulfurique. 4^o

Action de quelques matières putréfiées sur l’économie animale. 461

Des Animaux 'venimeux. 4^4

Des Animaux venimeux-dont la morsure ou la piqûre est accompagnée d'accidens plus ou moins graves. Ibid. De la Vipère. Ibid.

Propriétés physiques et chimiques du Venin de la Vipère. 466

Action du Venin de la Vipère sur l’économie ani¬ male. 467

TABLE DES MATIÈRES. XÜj

De la Vipère naja. Page 4y4

Observations. 47 $

De la Vipère élégante de Daudin. 4^ r

Du Coluber graminœus de Shaw. t±85

Du Gédi paragoodoo des Indiens. 4^7

Du Bungarum pamak des Indiens et Sackeene du Bengal. 4^8

Observations. 4^9

Des Serpens à sonnettes. 49 r /

Observations. 492

Des Insectes. 499

Du Scorpion. Ibid.

Des Araignées. 5or

De la Tarentule. Ibid.

De T Abeille et du Bourdon. 5oa

De la Guêpe et du Frelon. 5o3

Des Animaux qui produisent des accidens graves lors¬ qu'ils sont introduits dans V estomac. 5o5

Clupé cailleux-tassart. Ibid.

Coracinus fuseus major. 5o6

Daurade ou Dojin. 5oj

Congre. Ibid.

Scombre. 5o8

Des Moules. Ibid.

Observations. . , Ibid.

Des Animaux venimeux dont les liquides ont été dé¬ pravés par des maladies antécédentes. 5 1 8

Pustule maligne (bouton malin, puce maligne). Ibid.

Symptômes la Pustule maligne contagieuse. 5 21 -De la Rage. 5a4

Observations. * 5u6

Lésions de tissu observées après la mort des animaux enragés. 53a

Xiv . TABLE 1) ES MATIÈRES.

T r alternent de T empoisonnement par les vipères et les

serpens.

. Page 533

' Traitement de la morsure des vipères et des. serpens. 544

Caustiques.

Ibid.

Suite du traitement extérieur.

- 546

Traitement intérieur .

Ibid.

Traitement de la piqûre des insectes.

Mi

, Traitement de V empoisonnement par les poissons

venimeux et par les moules.

55o

Traitement interne.

: 554

Préparations des remèdes employés

pour guérir la

pustule maligne .

555

Digestif animé.

Ibid.

■Collyre de Lanfranc.

556

Décoction résolutive.

Ibid.

Liniment camphré.

Ibid.

Décoction anti- putride.

Ibid.

Opiat.

557

Décoction de quinquina acidulée.

Ibid.

Traitement de la rage.

' Ibid.

P récautions à prendre.

. 564

Traitement interne de la morsure des animaux en-

rages.

'565

Formules des remèdes employés dans le traitement

de la rage.

Ibid.

Emplâtre vésicatoire.

Ibid.

Pommade vésicatoire.

inaw- dcüM?-,;, $5

Cérat adoucissant. ; -

u - ' Ibid.

Poudre de Dower.

Ibid.

Traitement du bétail.

567

Onguent digestif térébenthine.

.Ibid.

TABLE bes MATIÈRES.

SECTION IL

De l’Empoisonnement considéré d'une manière géné¬ rale. Page 56S

CHAP. Ier. Des Moyens propres à constater l’existence de l’empoisonnement. Ibid.

Art. Ier. Des Maladies qui peuvent être confondues avec ï empoisonnement aigu. Ibid.

Art. IL Des Moyens à l’aide desquels on peut par¬ venir à reconnaître la nature de la substance qui a occasionné l’empoisonnement. 58o

Premier problème. 58 1

§ -Ier. Analyse chimique. Ibid.

Poisons solides . 58 .2

Matières solides inorganiques. 584

Examen des substances solubles. 586

Poisons liquides ou dissous. 5g5

Poisons gazeux. Ô98

§ IL Des Indices que le médecin -légiste peut tirer des symptômes auxquels le malade est. en proie . 5gg § III . Des Indicés que le médecin-légiste petit tirer de l’état des org ânes après la mort des individus empoisonnés. 602

Deuxième problème. 6x4

Art. III. Des Expériences sur les animaux vivons considérées comme moyens propres à constater l’exis¬ tence de l’ empoisonnement. 6ij

Art. IV. Des Moyens propres à distinguer si le poi¬ son a été introduit dans le canal digestif pendant la vie ou après la mort . 628

Expériences faites avec te sublimé corrosif. 624

Expériences faites avec l’acide arsenieux ( arsenic du commerce ). 628

Expériences faites avec le ven-de-gris. 63o

xvj T AB LE DES MATIÈRES»

Expériences faites avec V acide sulfurique. Page 63 ï

Expériences faites avec l'acide nitrique. 633

Art. Y. De V Empoisonnement de plusieurs personnes à-la-fois. 636

Art. VI. De l’Empoisonnement par suicide ou par homicide. 639

CHÀP. II. Art. Ier. De l’Empoisonnement lent. 64<>

Observations. 64 *

Art. II. Des Accidens consécutifs à T empoisonnement aigu. 649

Observations. Ibid.

SUPPLÉMENT.

Jatropha curcas. ' 656

Action de l’huile et de VaciUe du pignon d’Inde sur T économie animale. Ibid.

Du Jalap. 658

Expériences faites avec la résine de jalap. Ibid.

De la Vauqueline. 665

Expériences faites avec l'huile grasse de la noix vomique et de la Jève de Saint-Ignace. 666

Expériences faites avec les extraits de noix vo¬ mique et de fève de Saint-Ignace. 667

PIS DE LA TABLE DU TOME SEÊOKD.

TOXICOLOGIE

GÉNÉRALE.

CHAPITRE iJL

CLASSE IIIe. Des Poisons acres.

812. On a donné le nom de poisons âcres à ceux qui ont Une saveur plus ou moins caustique, et qui, appliqués sur îa surface du corps , excitent une inflammation accompa¬ gnée souvent de. phlyetènes , de la chute de l’épiderme, et qui se termine ordinairement par suppuration. Intro¬ duits dans l’estomac, ces poisons produisent des phéno- fliènes locaux analogues à ceux dont nous avons déjà parlé à l’article des corrosifs , malgré l’opinion de plusieurs phy¬ siologistes qui ont prétendu établir des différences tirées des lésions que présentent les tissus après la mort. Cette vé¬ rité sera mise hors de doute lorsque nous nous occuperons des généralités relatives aux substances vénéneuses de cette classe , après avoir fait leur histoire particulière.

De t Ellébore blanc.

8 1 3. L’ellébore blanc ou vàraire (veratrum album ), po~ îygamie monoecie de L. , famille des joncoïdes, paraît être le véritable ellébore des anciens.

Caractères. Fleurs mâles : corolles à six pétales , que

AI.

des poisons Acres.

plusieurs botanistes regardent comme un polygone à six divisions égales , colorées : six étamines. Il en est'de même des fleurs hermaphrodites , qui ont de plus trois ovaires distincts , portant des styles courts , et se changeant en capsules oblongues , à deux valves à plusieurs gaines mem¬ braneuses disposées sur deux rangs 5 la capsule s’ouvre dans chaque loge par une suture intérieure : tige haute d’un mètre,. droite , simple et cylindrique, terminée par une panicule de fleurs d’un blanc verdâtre, et dont les corolles sont droites ou médiocrement ouvertes : feuilles fort grandes, ovales, lancéolées, sillonnées par des ner¬ vures nombreuses et parallèles : racine épaisse , charnue , fusiforme, jaunâtre en dehors, blanche en dedans, d’un goût âcre , amer et désagréable : elle excite de l’ardeur dans la gorge.

Action de l’Ellébore blanc sur l'économie animale.

Expérience iTe. A une heure de l’après-midi , on a fait avaler à un petit chien 2 gros et demi de racine sèche par¬ faitement pulvérisée. Au bout de cinq minutes, l’animal a commencé à vomir , et un quart d’heure après l’ingestion de la substance vénéneuse, il avait déjà vomi six fois des matières mucoso-bilieuses d’une couleur jaunâtre. A deux heures un quart, il se plaignait , et faisait des inspirations excessivement profondes ; sa bouche était remplie d’écume. A trois heures , il marchait avec difficulté 5 ses pas étaient chancelans , et en tout semblables à ceux des personnes ivres de vin. Le lendemain, à midi et demi, il n’avait plus de vertiges , et il pouvait marcher librement. Le jour sui¬ vant, à neuf heures , il a très-bien mangé, et depuis lors sa, santé a été parfaitement rétablie.

Expérience 11e. A une heure , on a détaché et percé d’un trou l’oesophage d’un chien assez fort , et on a intro-

DE L* ELLÉBORE BLAUC. 3

&uit dans son estomac 2 gros de poudre de racine sèche d’ellébore. blanc contenus dans un cornet de papier; on a lié l’oesophage. A. deux heures ; violens efforts pour vomir; une heure et demie après , abattement i plainte : cependant l’animal marchait librement. A huit heures du soir, il avait des vertiges très- forts :il est mort deux heures après. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge assez vif dans toute son étendue, sans aucune trace d’ulcération; celle qui tapisse le duodénum et le jéjunum était un peu rouge; nulle altération sensible dans les autres organes.

Wepfer dit avoir administré à un petit chien âgé de trois semaines un scrupule d’ellébore blanc mêlé à du lait : l’a¬ nimal le vomit aussitôt, eut des déjections alvines et quel¬ ques mouvemêns convulsifs; une heure après, il paraissait mort. On l’ouvrit au bout d’une demi-heure : le coeur et le diaphragme se contractaient; l’intérieur de l’estomac était un peu rouge. ( Wepfer, Cicutœ aquaticœ Historia et noxæ , pag. 2x9.)

Expérience 111e. On administra à un chat un clystère préparé avec demi-once de teinture, d’ellébore blanc , et on eut soin de : boucher le rectum pendant six minutes pour empêcher l’expulsion de la liqueur : la respiration de¬ vint difficile, et, huit minutes après, l’animal rendit une écume muqueuse; au bout de 20 minutes, il tomba sur le côté gauche; sa gueule était ouverte et remplie d’écume; sa langue sortait comme celle d’un chien qui a chaud; la respiration était fréquente et haletante ; vingt minutes après, elle devint plus rare et plus faible. Aloi’s l’animal éprouva destremblemens et des convulsions, .qui durèrent une heure six minutes , et auxquels succédèrent Vemprosthoionos et la mort. La sensibilité fut très-vive, et la pupille demeura contractée jusqu’à ce moment. On fît l’ouverture du cadavre immédiatement après la mort : le cœur, l’œsophage et les muscles se contractaient encore lorsqu’on les irritait. On ob-

des foisoîîs Acres*

4

servait le mouvement péristaltique des intestins ; cependant on ne pouvait pas déterminer la contraction des muscles* en irritant les nerfs. L’estomac, les intestins grêles et la vési¬ cule du fief étaient remplis de bile. Les vaisseaux du coeur et du cerveau étaient gorgés de sang, qui se coagulait à - l’air. (Schabel.) (i).

Expérience ive. On injecta dans le rectum d’un jeune lapin 2 gros de teinture de veratrum album, qui com¬ mençait à moisir : il en rejeta aussitôt la moitié; peu de temps après, il devint triste, la respiration fut difficile, et il fit des efforts pour vomir; au bout de vingt-une mi¬ nutes, lassitude et respiration plaintive : il resta une heure dans cet état. Cinq heures après l’application de la tein¬ ture, les battemens du coeur étaient singulièrement ra¬ lentis : au lieu de deux cent cinquante par minute, on n’en observait que soixante-dix ; il ne faisait que trente inspi¬ rations par minute au lieu de quarante-huit; la tempé¬ rature de l’anus était de 24° + o th. R., tandis qu’elle était de 3 au commencement de l’expérience. Alors , l’a¬ nimal reprit des forces et de la gaîté ; la respiration et les battemens du cœur devinrent plus accélérés ; la chaleur tarda plus long-temps à se rétablir. La même expérience , répétée sur un autre lapin, fournit des résultats analogues*

( {schabel .)

Expérience ve. Un petit morceau de racine de veratrum./ album , enduit d’huile , fut introduit dans le rectum d’un chat : au bout d’un quart d’heure , respiration difficile, vomissement écumeux , déjections alvines abondantes. La racine fut rejetée; le rectum était enflammé et paraissait sortir, (. Schabel .)

(t ) Dis s ertatio inauguralis de effectibus veneni radicum veratri albi et hellebori aigri. Auctor Andréas SchabeL. ïubingæ. Mart. 1817.

T)S I/ELLÉBORE BLANC. 5

Expérience vic. A huit heures du matin , on a fait une in¬ cision à la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille, et on a saupoudré la plaie avec 20 grains d’ellébore blanc pulvérisé ; on a réuni les lambeaux par quelques points de suture , et l’animal a été muselé afin d’empêcher qu’il ne portât la langue sur la partie opérée. Six minutes après, il a vomi , s’est couché sur le ventre et a poussé quelques plaintes ; à huit heures trois quarts il avait déjà fait plus de quarante fois des efforts violens pour vomir , et il avait rejeté quelques matières mucoso-bilieuses ; >il avait des! vertiges tels qu’il lui était impossible- de faire deux pas sans tomber : il conservait l’usage de ses scrtS-ct ne poussait aucune plainte; ses paupières étaient souvent agitées d’un mouvement comme convulsif. A neuf heures , il lui était impossible de se tenir debout; les battemens du coeur, forts, précipités, irréguliers ï,c ne paraissaient point en rapport avec l’état de stupéfaction. dans lequel l’animal était plongé ; il faisait souvent des mouvemens de déglu¬ tition. A n(euf heures et demie , les paupières et les batte¬ mens du cœur étaient dans le même état; les inspirations étaient profondes; il n’y avait point de mouvement con¬ vulsif, et l’animal était tellement abattu: qii’on l’aurait cru mort. A; dix heures, les pupilles commençaient à être di¬ latées.. A une heure, son état n’était point changé.: on l’a secoué; il a fait un léger mouvement et est retombé de suite ; ses pupilles étaient, très-dilatées , et le clignotement des paupières allait en augmentant . B est mort à trois heures de l’après-midi. On l’a ouvert une heure après : il n’y avait . dans le coeur qu’un léger mouvement d’oscillation ; le sang' contenu dans les deux ventricules était fluide; les pou¬ mons , gorgés de sang, un peu moins crépitans que dans l’état naturel , étaient taehetés de quelques plaques noires -y l’intérieur, du rectum offrajt plusieurs plaques rouges ; ta membrane muqueuse de l’estomac était un peu enflammée

DES POISONS ACRES.

;6

-ainsi que ïa plaie. Des résultats analogués ont été obtenus avec deux autres animaux, excepté que, dans un cas, le canal digestif n’était le siège d’aucune altération.

Expérience vne. On a répété la même expérience sur un chien très-fort, en saupoudrant la plaie avec io grains de racine d’ellébore blanc finement pulvérisée : vingt minute» après, il a commencé à faire des efforts pour vomir, et il à vomi dix fois dans les vingt minutes qui ont suivi. Trois heures après , il souffrait beaucoup, et il avait des vertiges très - forts qui se sont calmés pendant la nuit. Le lende¬ main matin , il marchait assez bien -, il ne se plaignait plus. Le jour suivant , il a mangé un peu et s’est échappé. Expérience Emmert appliqua 2 gros de tein¬

ture d’ellébore blanc sur le tissu cellulaire qui sépare les .muscles abdominaux du péritoine d’un chat. Cinq mi¬ nutes après , l’animal ne pouvait plus marcher; il se leva et reiomba aussitôt ; la respiration devint fréquente et haletante-; il vomit à plusieurs reprises ; on pouvait dis¬ tinguera l’oeil les battemens du coeur; An bout d’un quart d’heure , il faisait quatre-vingt-dix inspirations par mi¬ nute;, tandis que , cinq minutes après , on ^observait que quarante-huit inspirations. Les battemens du cœur devin¬ rent plus faibles jet plus rares ; les pattes se roidirent; il y eut des convulsions ; la gueule était ôuvërte; la respira¬ tion deviut beaucoup plus difficile , et la mort eut lieu au bout de vingt-sept minutes. (Schabel, ouvrage cité. ) Expérience xxe. M. Emmert appliqua sur une plaie faite à la partie postérieure du cou d’un chat, un gros et demi de teinture d’ellébore blanc. Quatre minutes après, il se manifesta un violent vomissement de matières écu- meuses et muqueuses , qui continua pendant une demi- heure. A la dix-neuvième minute , la respiration se ra¬ lentit et ne s’accéléra que vers la trente-quatrième : alors elle était difficile ; l’animal haleta comme un chien qui a

DE L’ELLÉBORE BLANC. J

«ouru; il tourna autour de la chambre en chancelant ; enfin, il tomba et resta comme attaché sur la terre. Au bout de deux heures quarante minutes, la respiration devint plus rare ; on ne comptait que quarante inspirations par mi¬ nute. Il eut des convulsions qui empêchèrent de compter les battemens du coeur. Au bout de cinq heures onze mi¬ nutes, on pouvait à peine les sentir; la pupille, contrac¬ tée , conservait encore de la sensibilité ; la respiration , beaucoup plus difficile , était réduite à dix-sept par minute. Huit heures après , l’animal était froid ; les mouvemens du pouls ne se faisaient plus sentir; la respiration était extrêmement rare : on introduisit alors un instrument de fer dans la moelle allongée, et on procéda à l’examen anatomique. Le thermomètre, placé dans la cavité du ven¬ tricule gauche du cœur , ne marquait que 1 8°. Les gros vaisseaux étaient gorgés de sang noir ; les poumons, remplis de sang, étaient lourds et parsemés de taches fau¬ ves ; l’estomac et les intestins , contractés , contenaient de la bile et du mucus; les muscles se contractaient avec force dès qu’on les irritait. Le cerveau était sain. (Ibidem.)

Expérience xe. Ün petit morceau de bois , contenant 3 grains d’extrait d’ellébore blanc , fut appliqué sur un dès muscles de la patte d’un chat, isolé des parties envi¬ ronnantes au moyen de la dissection et d’une carte. L’animal périt au bout de 64 minutes , après avoir éprouvé des symptômes analogues à ceux dont nous avons parlé. Le cerveau était le siège d’un épanchement séreux très- abondant. (Ibidem.)

Expérience x ie. L’application du même poison sur le tendon d’Achille d’un chat ne détermina aucun sym¬ ptôme d’empoisonnement. Il en fut de même lorsque l’ex¬ trait fut appliqué sur le nerf tibial. (Ibidem.)

Expérience xne. On frotta la peau de deux lapins , préalablement débarrassée de ses poils , avec un gros do

8 des foisons Acres.

poudre d’ellébore blanc mêlé à de l’axonge , ou avec 2 gros d’extrait de la même racine. On n’observa qu’une légère rougeur à la peau. {Ibidem.)

Expérience xme. La membrane pituitaire des narines d’un chat hit frottée avec 3 grains d’extrait d’ellébore Liane y on empêcha l’animal de se lécher 5 au bout de huit minutes, il éternua avec force, vomit pendant deux heures , et mourut au bout de seize heures. {Ibidem.)

Expérience xive. M. Emmert introduisit dans la cavité de la plèvre droite d’un lapin un gros de teinture d’ellé¬ bore blanc 5 la respiration devint difficile, et l’animal mourut au bout de quatre minutes. On l’ouvrit sur-le¬ -champ : l’aorte était remplie de sang veineux qui se coagula par son exposition à l’air. Le poumon droit était d’un fauve obscur ; la vésicule du fiel était remplie de bile. Le mouvement péristaltique était encore vif-, mais en irritant le nerf phrénique , on n’excitait aucune con¬ traction du diaphragme. Vingt -cinq minutes après la mort , le corps était roide. {Ibidem.)

Expérience xve. On ouvrit la plèvre d’un chien entre la cinquième et la sixième côte droite, et après y avoir in¬ troduit 2 grains d’extrait d’ellébore blanc , dissous dans un demi-gros d’eau, on rapprocha les bords de la plaie. Trois minutes après , l’animal vomit , à plusieurs reprises , des matières écumeuses 5 le corps était entièrement agité ; la respiration tantôt fréquente , tantôt rare. Au bout de quatorze minutes, la langue était livide et sortait de la gueule ; les pattes postérieures étaient paralysées ; le trem¬ blement continuait 5 il y eut des vomissemens bilieux pen¬ dant six minutes. Trente- huit minutes après , il eut un tournoiement semblable à celui qui a été observé par Arnemann sur les animaux auxquels on a enlevé une grande partie du cerveau : il mourut au bout de qua-* rante minutes. L’ouverture cadavérique fut faite i.mmé-

DE l'eUÉEOKE SLAHC. 9

diatement après. Il n’y avait aucun signe d’irritabilité , si ce n’est un léger mouvement péristaltique. La vésicule du fiel, l’oesophage, l’estomac et les intestins grêles étaient remplis de bile; les poumons offraient une couleur rosée; la veine cave et les cavités droites du cœur étaient gorgées de sang coagulé. {Ibidem.)

Expérience xvie. On introduisit dans la cavité du péri¬ toine d’un gros chat 2 grains d’extrait d’ellébore blanc, mêlés avec, de la mie de pain et sous forme de pilules. On réunit les bords de la plaie : la mort eut lieu au bout d’une heure vingt-huit minutes , et fut précédée de vpnais- semens violens , de convulsions , d’opisthotonps et d’une grande difficulté respirer. Les lésions cadavériques furent les mêmes que dans l’expérience précédente. On trouva les pilules entières, et seulement attaquées à leur surface. {Ibidem.)

- Expérience x vne. Après avoir coupé les deux cartilages supérieurs de la trachée d’un chat, on injecta 3 grains d’extrait d’ellébore blanc, dissous dans i5 gouttes d’eau. La majeure partie fut rejetée par les efforts de la tquxy on nettoya la plaie et on réunit ses bords. La toux cessa , la respiration devint fréquente et pénible ; au bout de quatre minutes , l’animal vomit une écume muqueuse et rendit des excrémens. La difficulté de respirer et les efforts pour vomir continuèrent : l’animal tomba, la gueule -ou¬ verte et la poitrine sifflante ; il eut pendant onze ; minutes des convulsions et l’emprosthotonos , et périt au bout de trente -cinq minutes. La trachée contenait un mucus éçu- meux. Le poison avait été entièrement absorbé par les bronr ches du poumon gauche, dans lesquelles on pouvait facile¬ ment le distinguer à la vue et au goût , tandis qu’on ne re¬ marquait rien de semblable dans le poumon droit. Tout le trajet des intestins était enflammé , les poumons excessive¬ ment épaissis et lourds , la vésicule du fiel remplie de bile..

io dès roisoüs Acres.

Les autres organes n’avaient point été attaqués. (Ibidem.)

Expérience xvme. Courten rapporte avoir vu mourir subitement un chien dans la veine jugulaire duquel il avait injecté 2 gros d’une décoction d’ellébore blanc. Viborg et Schéel présentent une série d expériences dont les résultats sont semblables. Ils introduisirent dans la veine jugulaire d’un mauvais cheval 6 grains d’extrait gommeux d’ellébore blanc , dissous dans deux onces et demie d’eau. Au bout de trois minutes , le pouls était vif, fréquent et tendu ; la respiration difficile ; il chancelait et tombait ; alors la respiration et le pouls devinrent in¬ sensibles, et les muscles étaient flasques ; l’animal s’éten¬ dit par terre et mourut.

Plusieurs chevaux , plusieurs vaches dans la veiné jugu¬ laire desquels on introduisit 25 à 3o gouttes d’une tein¬ ture ( faite avec une partie de racine et 8 parties d’alcool ) dissoute dans 2 onces et demie d’eau , présentèrent les symptômes suivans : Au bout de deux ou trois minutes, la respiration devint difficile, le pouls petit, vif, fré¬ quent ; les douleurs se firent sentir dans l’abdomen ; sept minutes après , vomissemens et déjections alvines ; mais au bout d’une heure , toutes les douleurs avaient cessé.

Expérience xix*. Désirant connaître quelle était la quantité de poison absorbée dans ces différentes expérien¬ ces , on introduisit entre les muscles et la peau de la cuisse d’un lapin , 10 grains d’extrait d’ellébore blanc parfaite- ' ment desséché. Au bout d’un quart d’heure , l’animal de¬ vint inquiet , èt la respiration lente; une heure après, il était triste y languissant et ne changeait plus de place. A çétte époque , on retira le poison de la plaie , et après l’avoir fait sécher, on vit qu’il pesait 8 grains et demi. L’animal périt au bout de trois heures trente-cinq minu¬ tes. La plaie était salie par l’extrait et un peu enflammée*. ( Schabel . )

»E L’ELLÉBORE BLÀKC. ÎI

Expérience xxe. A six heures du matin, on a fait prendre à un chien robuste le liquide obtenu en traitant une once d’ellébore blanc par l’eau bouillante : ce liquide avait été filtré et rapproché. L’oesophage a été lié: cinq minutes après, l’animal a fait des efforts pour vomir. À sept heures, il commençait à éprouver de la faiblesse dans les extré¬ mités postérieures 5 sa marche, était vacillante. Ces sym¬ ptômes ont augmenté, et l’animal est mort à onze heures. On l’a ouvert le lendemain. L’estomac contenait une assez grande quantité de mucus épais ; il était peu enflammé. La membrane muqueuse du rectum était d’un rouge assez vif; les poumons offraient des taches livides , denses, peu . crépitantes.

Expérience xxic. A huit heures du soir , on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un petit chien faible , 3 gros de poudre de racine d’ellébore blanc , dont on avait parfaitement séparé les parties solubles, en le faisant bouil¬ lir à plusieurs reprises dans de l’eau. Quatre jours après ,

; l’animal n’avait éprouvé que les symptômes- inséparables ; fle l’opération. Il est mort le sixième jour , et il a été im¬ possible de découvrir aucune al térali on cadavérique.

Expérience xxne. La même expérience à été répétée sur un autre petit chien , avec trois gros de la même poudre , que l’on n’avait pas fait bouillir assez de temps dans l’eau pour la. priver de toutes les parties, solubles : l’animal est mort au bout de trente-six heures ,.el il n’a commencé à éprouver les symptômes de l'empoisonnement que dix heures après l’application de la substance vénéneuse.

Expérience xxme. Deux aiguilles enduites , l’une d’un quart de grain d’extrait alcoolique d’ellébore blanc , l’autre d’un depi-grain d’extrait aqueux de la même plante , furent introduites dans un des muscles de la cuisse de deux mi¬ lans. L’animal soumis à l’action de l’extrait alcoolique, après avoir fait d’inutiles efforts pour vomir pendant qua-

12

ï> e s poisons acres; torze heures , vomit enfin , et eut des déjections alvines fréquentes. Le surlendemain , il était parfaitement rétabli. On lui appliqua de nouveau une aiguille enduite de trois quarts de grain du même extrait.; .Aussitôt après il eut :des vomissemens répétés , et il mourut au bout d’uner heure quinze minutes , au milieu des convulsions. :

L’animal soumis à l’influence de l’extrait aqueux n’é- - prouva aucun symptôme d’empoisonnement , même lors- . que la dose d’extrait fut portée à 2 grains. ( Sehabel .)

A Expérience xxive. Dans le dessein de constater si les âstringèns conseillés par un médecin danois s’opposaient 1 aux effets délétères l’ellébore blanc , on précipita 3 gros de teinture de la racine de cette plante , par un excès çfifr- fusion aqueuse de noix de galle 5 la liqueur surnageant le précipité fut administrée à un chat. Au bout de sept minutes , la respiration devint accélérée et difficile ; la langue était pendante et l’animal couché sur le côté. Di x minutes après , ' Vbmissemens , cris , convulsions , pouls intermittent , respiration irrégulière et rare , mort au bout ^vingt-cinq minutes/ Les poumons contenaient Une très-grande quantité de matière liquide. (Ibidem.)

OBSERVATIONS."

i°. Ettmuller dit, dans la préface de son ouvragé de chirürgie , que1 cëftè' racine , appliquée à l’abdomen , 6c- caStohne un vomissement violent (1).

(1) L’expérience xue ( voj. p. 7 ) est en contradiction avec ce fait. 11 est pourtant extrêmement probable que l’observation d’Ettmuller est exacte: en effet, la racine d’ellébore blanc ren- férme un principe âcre; elle rubéfie la peau, l’ulcère, et peut par conséquent être facilement absorbée : or dès le moment que l’absorption a lieu, les symptômes d’empoisonnement doivent, se manifester.

DE, l’eLLÉBOBE BtASC. l3

2°. Schreder a observé le même phénomène dans un cas cette racine fut employée sous la forme de suppositoire.

3°. Helmont rapporte qu’un prince royal périt au bout de trois heures pour avoir pris un scrupule de ce poison , qui détermina des convulsions.

4°. Administrée à cette même dose , la racine d’ellébore a occasionné des spasmes , la suffocation , la perte de la voix, et le froid de tout le corps. (Yicat , Histoire des Plantes 'vénéneuses de. la Suisse , p. i65. Yverdon , an¬ née 1776.)

5°. Un tailleur, sa femme , ses enfans et ses ouvriers man¬ gent de la soupe dans laquelle on avait mis de la racine d’el¬ lébore blanc en place de poivre. Bientôt après, ces individus sont saisis d’un froid général , et le corps se couvre d’une v sueur glacée; leur faiblesse est extrême; ils sont presque insensibles^ et leur pouls peut à peine être senti. Au bout de deux heures, l’aîné des enfans, qui n’avait pas quatre ans, commence à vomir copieusement, mais avec beau¬ coup d’efforts ; les autres individus ne tardent pas à être dans le même cas. Yicat, appelé à ce moment, leur fait prendre une grande quantité d’eau tiède avec de l’huile, et peu de temps après il leur administre du thé de mauve miellé, ce qui leur procure du soulagement et le rétablis¬ sement complet. (Idem, p. i^S.)

6°. Théophraste dit que les vignes dans lesquelles il croît de l’ellébore blanc donnent un vin qui fait uriner.

70. Plusieurs auteurs assurent que racine d’ellébore blanc, séchée, pulvérisée, et respirée par le nez dans l’in- tendon d’exciter l’éternuement, a causé des fausses cou¬ ches, des pertes qu’il n’a pas été possible d’arrêter, des saignemens de nez, des suffocations et des morts subites»

des pois o k s acres.

De V Ellébore noir.

8x4- L’ellébore noir ( helleboras niger ) appartient à la polyandrie polygynie de L. et à famille des renoncula- cées de Jussieu.

Caractères. Galice persistant , composé de cinq ou six folioles larges, arrondies, ouvertes, roses d’abord, deve¬ nant blanches en s’épanouissant, et ressemblant à des pé¬ tales : cinq nectaires ou plus appelés pétales par quelques* botanistes, plus courts que le calice, en forme d’entonnoir ou de cornet, avec limbe irrégulier, oblique, comme la¬ bié : style en alênes un peu arquées en dehors : ovaires se transformant après leur fécondation en autant de capsules comprimées, ovales, oblongues, et offrant à leurs extré¬ mités deux carènes, l’une courte et plus arrondie, l’autre plus allongée et terminée en pointe; chaque capsule est une espèce de follicule s’ouvrant d’un seul côté : semences rondesat , tachées à la suture opposée qui tient lieu du pla¬ centa : fleurs grandes, du diamètre de deux pouces, soli¬ taires ou placées deux à deux sur des hampes cylindriques , simples ou fourchues, naissant avec les feuilles : feuilles grandes, radicales, portées sur un pétiole au moins égal à la hampe, divisées au sommet en sept ou huit lobes dis¬ posés en pétales oblongs , dentées en scie , pointues , d’un vert brun et coriaces : racines composées d’une couche courte, épaisse, d’où partent plusieurs fibres noirâtres, souvent hérissées d’un duvet brun.

Action de la racine d' Ellébore noir sur T économie animale.

Expérience ire. On a fait avaler à un chien de moyenne taille et à jeun , 2 gros 48 grains de cette racine. Au bout

DE l’ellébore hoir. i5

d’un quart d’heure, il a eu une selle verdâtre-, demi-heure après , il a vomi sans effort; ces vomissemens se. sont renou¬ velés quatre fois dans l’espace d’une heure. Le lendemain, il a mangé avec appétit, et il était parfaitement rétabli.

Expérience 11e. A une heure , on a introduit 2 gros et demi de racine d’ellébore noir en poudre dans l'estomac d’un chien très-fort, dont l’œsophage avait été préalable¬ ment détaché et percé d’un trou ; on a pratiqué la ligature de ce conduit afin d’empêcher l’ expulsion du poison. Deux heures après, l’animai faisait des efforts violens pour vomir. Le lendemain, à midi, il était abattu, souffrait beau¬ coup et continuait à faire des efforts de vomissement; il marchait librement et conservait l’usage de ses sens. A huit heures du soir, il avait des vertiges ;; sa marche était chan¬ celante; il avait de temps en temps des mouvemens con¬ vulsifs. Il est mort dans la nuit.

Autopsie cadavérique. L’estomac était distendu par une assez grande quantité de matière pultacée dans laquelle était suspendue une partie de la poudre ingérée ; la membrane muqueuse offrait quelques points d’un rouge foncé ; dans le reste de son étendue sa couleur ne , pa¬ raissait pas altérée ; elle était ulcérée dans quelques en¬ droits; ces ulcères, longitudinaux et courts, se trouvaient; principalement sur les plis qu’elle forme à l’intérieur du ventricule. La membrane musculeuse était rougeâtre; la tu¬ nique séreuse, d’une couleur rose dans toute son étendue , était recouverte de vaisseaux fortement injectés en brun noirâtre. L’intérieur du duodénum , du colon et du rectum* était très-rouge ; les autres portions du canal intestinal ne paraissaient point altérées (1).

(1) I/ioflammation du rectum est constante lorsque les ani¬ maux qui ont pris de la racine d’ellébore noir ont survécu quel-

l6 DES POISONS »À C R. Ë S.

Expérience me. On introduisit dans l’anus d’un cor* beau 5 grains d’extrait d’ellébore noir dissous dans une très-petile [quantité d’eau. Deux minutes après , l’animal eut des déjections alvines tellement fréquentes et abon¬ dantes qu’il est à présumer que le poison fut presqu’entiè- rement expulsé. Néanmoins , la respiration se ralentit et devint difficile ; l’animal vomit et mourut au bout de trente- trois minutes , au milieu de fréquentes convulsions. ( Scha - bel , ouvrage cité. )

Expérience ive. On introduisit dans la cavité du péri¬ toine d’un sansonnet un grain d’extrait d’ellébore noir dis¬ sous dans io gouttes d’eau. L’animal périt au bout de cinq minutes. Un hochequeue , soumis à la même expé¬ rience avec un demi-grain de ce poison . ne vécut que vingt-deux minutes. (Ibidem.)

Expérience ve. Cinq grains d’extrait d’ellébore noir furent introduits par l’épiglotte dans la trachée d’un cor¬ beau. La respiration devint difficile, et l’animal marchait avec peine. Au bout de la seconde minute , il reprit lac gaîté , et parut n’avoir rien éprouvé jusqu’à la quatrième minute , il tendit le cou et éternua avec force. Alors il tomba , ouvrit le bec , et expira au milieu des convul¬ sions. A l’ouverture du cadavre , on ne découvrit aucune trace du poison ni dans la trachée-artère, ni dans les bronches. Les poumons étaient infiltrés de sang veineux, et présentaient çà et des plaques noirâtres. L’oesophage était rempli de mucus ; les autres organes ne paraissaient pas altérés. ( Ibidem . )

ques heures à son administration : Vicat a donc été induit en erreur en annonçant que ce poison enflammait les entrailles, excepté le seul rectum* ( Histoire des Plantes vénéneuses de la Suisse , pag. 6g.)

de l’ellébore noir. 17

Expérience vie. A deux heures de l'après-midi , on a saupoudré avec 2 gros de racine d’ellébore noir pulvérisée une plaie faite à la partie interne de la cuisse d’un fort chien. On a réuni les lambeaux par quelques points de su¬ ture. Au bout de six minutes , l’animal a vomi des matières liquides blanchâtres , et il n’a pas cessé de faire de vio- lens efforts de vomissement pendant la première heure qui s’est écoulée ; ces efforts étaient tantôt infructueux , tantôt suivis de l’expulsion d’un peu de bile jaunâtre. A deux heures quarante-cinq minutes , il était en proie à des vertiges tels , qu’il lui était impossible de faire deux pas sans tomber 5 ses pattes de derrière , excessivement faibles , ne lui permettaient pas de se tenir un instant debout ; il poussait des cris plaintifs ; ses pupilles n’étaient pas plus dilatées que dans l’état naturel. Il est tombé ensuite dans un état d’insensibilité générale, et il est mort à quatre heures et demie. La membrane muqueuse de l’ estomac et celle du rectum étaient un peu rouges ; les poumons of¬ fraient plusieurs portions d’une couleur rose, et d’autres qui étaient livides , noirâtres , gorgées de sérosité ; ils étaient assez crépitans \ la plaie était fort peu enflammée.

Expérience x 11e. On a répété l’expérience sur un petit chien jeune , avec 6 grains de la même poudre. Il n’y avait aucun symptôme apparent au bout de huit heures. Le lendemain, vingt heures après l’opération , l’animal était couché sur le côté et dans un grand état d’abattement ; il-était insensible aux impressions extérieures ; on pouvait le déplacer comme une masse inerte, et il lui était impos¬ sible dè,- se tenir debout. Il est mort trois heures après. On n’a point trouvé de lésion sensible dans le canal di¬ gestif ni dans les poumons.

Expérience xme. Après avoir ouvert l’abdomen d’un lapin, on pratiqua la ligature de l’aorte au - dessus de la division de l’artère iliaque. Alors on appliqua sur une plaie

11.

l8 DES POISONS ACRES.

faite à la cuisse un scrupule d’extrait d’ellébore noir; on en réunit les lambeaux au moyen d’un point de suture re¬ couvert d’emplâtre agglutinatif. Au bout de quelques mi¬ nutes , le sentiment et le mouvement volontaire des extré¬ mités postérieures avaient cessé, et quelques heures après , la chaleur animale était égale à celle de l’atmosphère. Six heures après, on frappa violemment la tête : dès-lors, la respiration cessa; il sortit de l’aorte divisée par la ligature du sang veineux ; le coeur battait cinquante fois en une minute et demie. (Schabel.)

Expérience ixe. A sept heures du matin on a introduit dans l’estomac d’un gros chien le liquide obtenu en trai¬ tant une once d’ellébore noir par l’eau bouillante : ce li¬ quide avait été filtré et rapproché ; l’oesophage a été lié. Dix minutes après , l’animal a fait des efforts pour vomir ; il a eu une selle solide. A huit heures trois quarts , il éprou¬ vait des vertiges légers. A midi , les efforts de vomissement s’étaient souvent renouvëlés ; l’animal ne se soutenait qu’a¬ vec la plus grande difficulté; il était presque insensible. Il est mort à trois heures. La membrane muqueuse de l’es¬ tomac était légèrement enflammée; l’intérieur du rectum offrait une couleur rouge-cerise; il n’y avait qu’une légère altération dans les autres parties du canal digestif ; les pou. mons présentaient çà et des plaques livides , denses et peu crépi tantes.

Expérience xe. 8 onces d’une décoction faite avec du cidre et une once de racine à? ellébore, noir ea poudre lurent administrées à un chien très-robuste et de moyenne taille. Presque à l’instant même , l’action du poison fut manifeste. L’immobilité fut le premier symptôme , et on remarqua en même temps un ralentissement très- sensible dans la circulation ; les mouvemens du cœur devinrent très -rares : cet état dura à-peu-près une minute. Alors la circulation s’accéléra progressivement , et sur-

UE L’ELLÉBORE K 01 R. 19

passa même l’état naturel ; mais la mobilité ne semblait être rendue qu’aux extrémités. Le tronc avait conservé absolument la même position que dans le commence¬ ment de l’expérience , et il ressemblait assez à une masse inerte à laquelle étaient attachées des parties ani¬ mées. L’animal roidissait alternativement les pattes anté¬ rieures et les postérieures ; sa queue était aussi dans un mouvement presque continuel;, et sa tête , après de longs et vains efforts, parvint enfin à se porter en arrière contre le dos. Ces différentes attitudes dépeignaient assez les douleurs atroces auxquelles l’animal était en proie ; mais elles démontraient aussi ses pénibles contorsions pour tâcher de vomir : il y parvint en effet , mais une seule fois , après laquelle il retomba dans un état d'im¬ mobilité absolue, La circulation devint par degrés moins rapide , et la mort survint presqu’imméaiatement ( vingt minutes après l’administration du poison).

Ouverture du cadavre . Elle fut pratiquée à l’instant même. Tout le canal digestif était enflammé , depuis l’œsophage exclusivement jusqu’à l’extrémité du rectum . L’estomac était distendu et rempli d’une grande quantité d’un mélange d’os et de viande , et d’une partie du poi¬ son liquide non encore absorbé. Les plis de la membrane muqueuse de ce viscère étaient dans un état d’inflamma¬ tion très - intense , d’une couleur rouge - cramoisie bien manifeste , mais sans aucune trace de corrosion ; le duodénum présentait les mêmes caractères 5 mais ce qui est assez singulier , l’extrémité pylorique de l’estomac offrait des traces d’une inflammation beaucoup moins vive que dans les deux organé? précédens. Les intestins étaient très-enflammés ; mais l’inflammation diminuait progressivement jusqu’au rectum. La vessie ne contenait point d’urine ; sa membrane interne était considérablement épaissie et d’une couleur rouge.

20 î) E S TOISONS ACRES.'

La poitrine n’offrait rien de particulier ; cependant le ventricule droit du cœur contenait un peu de sang, et le poumon gauche était légèrement engorgé par cefluide. ( M. Cavenlou , Journal universel, avril 1818, p. 127.)

Expérience xie. A cinq heures du matin , on a saupoudré le tissu cellulaire de la cuisse d’un petit chien avec 2 gros de poudre de racine d’ellébore noir, épuisée par l’eau bouil¬ lante 5 on a réuni les lambeaux de la plaie par quelques points suture. Trois jours après , l’animal n’avait offert d’autre phénomène que l’abattement qui accompagne con¬ stamment cette opération. Il est mort au cinquième jour. Le membre opéré était à peine enflammé , et il n’y avait au¬ cune lésion dans les organés intérieurs.

Expérience x 11e. A deux heures et demie, on a introduit dans l’estomac d’un chien très-fort 4 gros d’extrait aqueux d’ellébore noir solide alcalin, préparé en faisant macérer à froid de la racine sèche d’ellébore noir dans de l’eau ai¬ guisée de sous-carbonate de potasse (cet extrait fait la baso des pilules toniques de Bâcher) : on a lié l’œsophage. A huit heures et demie du soir , l’animal éprouvait quelques vertiges , sa marche était chancelante , et il se plaignait un peu. Il est mort le lendemain à neuf heures du matin. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge- cerise dans toute son étendue 5 il n’y avait point de lésion sensible dans les intestins. Les poumons , gorgés de sang dans quelques parties, étaient d’une couleur foncée, noi¬ râtre, et plus denses que dans l’état naturel. Les ventricules cérébraux ne contenaient aucun fluide ; les vaisseaux vei¬ neux qui parcourent la surface externe de cet organe étaient gorgés de sang noir 5 la pie-mère fortement injectée.

Expérience xme. Désirant connaître si l’ellébore noir est moins actif que le blanc, on prit deux chats de même force ; on enfonça dans les muscles de la cuisse de l’un d’eux une aiguille contenant un tiers de grain d’extrait

alcoolique d’ellébore blanc : il éprouva les douleurs et les symptômes ordinaires. Au bout de cinquante minutes, il ne respirait plus que cinq fois, par minute. A sept heures, la température du ventre était de i6° ; celle du rectum de i8°. Le surlendemain on le trouva mort.

On opéra de la même manière sur l’autre chat , en em¬ ployant un demi-grain d’extrait alcoolique d’ellébore noir : l’animal périt au bout de vingt-cinq minutes, au milieu des convulsions (Schabeî.) (i).

Expérience xive. Dans le dessein de constater si les as» tringens empêchaient les effets délétères de l’ellébore noir, on a dissous 4 scrupules d’extrait aqueux de cette plante dans 4 onces d’eau, que l’on a filtré et précipité par un excès de teinture de noix de galle : le précipité obtenu pesait 44 grains ; on en a appliqué six grains sur une plaie faite à la cuisse d’un chat, et on n’a observé aucun phénomène notable. Deux gros du liquide surnageant le précipité furent introduits dans l’oesophage : l’animal tomba aussitôt , et rejeta une grande quantité d’écume ; sa respiration devint profonde et lente. Au bout de sept minutes on administra un gros de teinture de noix de galle étendue d’une assez grande quantité d’eau : onze minutes après, l’animal vo¬ mit les alimens qu’il avait pris une heure auparavant; la respiration fut de plus en plus difficile; le corps se re-

(i) Celte expérience est loin de démontrer la supériorité ni même l’égalité d’action de l’ellébore noir : en effet, il a été employé à la dose d’un demi-grain, tandis que l’autre n’a été appliqué qu’à la dose d’un tiers de grain ; d’ailleurs , l’ellébore noir était récent et très-actif, tandis que, d’après M. Schabeî , le blanc avait moins de force que dWitres échantillons plus frais. La résistance vitale offerte par ees deux animaux peut encore différer assez pour que l’on ne doive tenir aucun compte d’une expérience aussi peu concluante.

22 des poisons Acres.

froidit, devint flasque ; le péristhotonos se manifesta, et la mort eut lieu au bout de dix-s ept minutes. L’estomac était tout plissé ; il n’y avait point de changement dans les autres organes. (SchabeL)-

OBSERVATIONS.

i°. Morgagniîail mention d’un individu qui prit une'demï- drachme d’eliébore noir, et qui succomba huit heures après. Il éprouva des douleurs et fut pris de vomissemens. Tout le canal digestif était enflammé ; l’inflammation était plus intense dans les gros intestins que dans les petits; plu¬ sieurs portions de ces derniers offraient alternativement un état de constriction et de relâchement ; il n’y avait point de gangrène ; quarante - deux heures après la mort , les membres étaient encore flexibles.

2°. Un domestique , dans une métairie près St.-Brieux , éprouve un malaise depuis deux ou trois mois. Plus inquiet sur l’avenir que gêné des douleurs présentes, il se décide à faire quatre lieues pour aller consulter Pierre Tanguy, dit le mouton , un de ces ignorans mal¬ heureusement trop répandus , qu’on appelle vulgairement guérit tout. Il eu reçoit trois substances que l’on a re¬ connues être , l’une la racine du sceau de Salomon , l’au¬ tre les feuilles du lierre terrestre , et la troisième a paru être la racine de Y ellébore noir. Cet homme fait bouillir ces ingrédiens dans du cidre, jusqu’à réduction d’une pinte de liquide: il en boit un verre, et, par curiosité , son maître en avale une même dose. Trois quarts d’heure après, les symptômes d’empoisonnement commencèrent à se manifester d’une manière alarmante. Mais ces malheureux étaient loin de prévoir les funestes effets dont leur trop aveugle confiance allait les rendre Victimes. En effet, l’un d’eux (le domestique), n’en-

1>E l’ellébore soir. 23

trévoyant sans doute dans les douleurs déchirantes qu’il -ressentit qu’une: hrlse salutaire: propre à chasser la ma¬ ladie, crut devoir la seconder en prenant un deuxième verre du breuvage qu’il avait préparé. Mais, loin de se -calmer , le» 3 âGcidens n’en devinrent que plus graves. Bientôt les vomissemens , suivis de délire, les contorsions les plus violentes , accompagnées d’un froid excessif que lûenîïï’a pu -diminuer 5 la mort enfin , furent les tristes résultats de l’administration de ce prétendu spécifique.

- : 11 est à remarquer , dans cette, circonstance , que la violence des symptômes et des accidens suivit une marche -assez régulière-; ht qui coïncida parfaitement avec les quan¬ tités différente» de liquide prises séparément par les deux 'individus. Aussi le maître ne mourut-il que dèiix heures et demie après én avoir pris un seul verre , tandis que le domestique , qui en avait pris le double , succomba trois quarts d’heure plus tôt. ; - . 1

L’ouverture cadavéi ique fut : faite seize heures après la mort des individus, Elle présenta les mêmes altérations dans -les deux cas , niais d’une manière beaucoup plus marquée chez le domestique, qui avait pris une plus grande dose de liquide.

Lès poumons étaient gorgés de sang 5 la membrane muqueuse de l’estomac se trouvait dans un état d’inflam¬ mation considérable , d’une couleur brune -noirâtre , et réduite à -un état presque gangreneux 5 l’œsophage et , ce qui est assez remarquable , les intestins n’offraient rien . de particulier. (Observation rapportée par M< Ferrary, phar¬ macien à St.-Brieux. Journal universel, avril 1818, p. 1 ai.)

MM. Caventou et Cloquet , chargés d’examiner cette observation , pensent que l’ellébore noir n’était pas la seule substance active de ce breuvage , et qu’il pourrait bien y avoir été ajouté quelqu’autre corps de nature métallique , également susceptible d’empoisonner.

24 des poisons acres.

815. Dans la première édition de cet ouvrage , qui parut long-temps avant le Mémoire de M. Schabel , nous avions tiré des expériences qui nous étaient propres les conclu¬ sions Suivantes :

- l°. Les racines pulvérisées d’ellébores noir et blanc, appli¬ quées sür le tissu cellulaire, sont rapidement absorbées, por¬ tées dans le torrent de la circulation, et déterminent des vo- missemens violons et diverses lésions du système nerveux auxquelles les animaux ne tardent pas à succomber , et qui paraissent analogues à celles que les narcotiques dévelop¬ pent;

2°. Leur effet local se borne à produire. une inflamma¬ tion légère, incapable d’occasionner Une mort prompte ;

3°. Elles agissent de la même manière lorsqu’on les in¬ troduit dans l’estomac ; mais , dans ce cas, leurs effets sont plus tardifs et moins intenses ;

4°, Il peut même arriver alors qu’elles ne fassent pas périr les animaux auxquels on a laissé. la faculté de vomir : dans le cas contraire , la mort est constante à certaine dose ;

5°. La racine d’ellébore blanc est plus active que celle d’ellébore noir;

6°. C’est dans la partie soluble dans l’eau que résident les propriétés vénéneuses de ces deux espèces de racine d’ellébore.

. 7°. L’extrait alcalin , qui fait partie des pilules toniques de Bâcher, est aussi très-actif (i).

8 1 6. Les expériences récentes et nombreuses de M; Scha¬ bel l’ont conduit à admettre les résultats suivans :

« i°. Les propriétés délétères des racines d’ellébore blanc et noir ont le plus grand rapport entr’ elles. (Voj. la note de la page 21 de ce vol.)

(1) L’eau distillée de la racine d’ellébore noir agit aussi sur le système nerveux.

B E È- L ï/É B O KUEi H Oa l. s5

»2°. Elles paraissent résider principalement dans la sub¬ stance résineusè (i) et ne; sont point neutralisées par l’infusion noix ide: galle, 1 Wiborglet. Sckeél ont attribué leurs propriétés , émétiques à la partie, résineuse. , et. leurs propriétés narcotiques à la matière gommeuse, résultats qui ne sont point daecerdiavéc les expériencesde l’auteur.

. » 3;°. . Les raci n es d’bl 1 ébor es blanc et noir agissent non- seulement suries ajnuiaüx, .maisuencore sur les végétaux^ -Leur action - délétère: s exeree, sur les mammifères ; , . les " oiseaux , lés reptiles,* les, mollusques , les insectes , et pro- bail ement .sur tous l es ^autres animaux. : .1 ; _>

» 4°. Elles s;ont plus énergiques si on les introduit dap^ les Vaisseaux . sanguins :, ou si on les applique sur. les membranes. sér'eus.es ,• ou sur les organes pourvus de yais- . sêknx sanguins; : dans ce. cas délies sont absorbées et-ê^Bs- portéesv«par le. moyen delà circulation , des parties infee- .ïléesitdans.Jes.;auîrés parties] du .corps, - en, sorte qu’elles z n>;éxereent - pas leur linfluénee a- l’aide du /systèmpàç^r . veux/ ïh< n’y- a qu’une très-faible déperdition ;du poisgp employé pe’ésikà^dire,r que la quantité absorbée pouri^fÿ- -duirelâ mort est peu considérable. * , '• - : , : ^

; : », 5°i Leisr action est moins violente si elles . sont intro- duîtes dans le .canal alimentaire , très-forte si elles -sont appliquées sur. des,? plaies r. saignantes , ou sur la membrane muqueuse dés voies aériennes , et nulle lorsqu’elles sont placées sur l’épiderme, les organes fibreux , ou sur les nerfs.

» 6°. La mort qu’elles déterminent chez les animaux des classes supérieures arrive presque toujours par le même mécanisme; l’intensité de leurs effets est en rap-

(i) Suivant M. Schabel s la racine d’ellébore noir fournit 0,2g d’extrait alcoolique ou résineux, et o,58 d’extrait aqueux. La racine d’ellébore blanc déjà ancienne donna 0,40 d’extrait alcoolique ou résineux , et o,54 d’extrait aqueux.

®6 ^OlËQSf T,îD;I S 0 3üt S k G Æ E Si

port avec la quantité employée.' Données à grande dose , elles' tuent rapidement, Japrèssàveâr occasionné la dyspnée ‘et des- convulsions..1 La marche, ct.da, durée de l’affection -qu’elles produisent sôteKégale'menfsulïoEdonnées à ladose.

> Le plus souvent fesnèrt ’sî lieu ken aine demidieureou une heure ; quelquefois -elle i^arrive qu’au bout de plu- -sieurs heures , tandiss où® ,, dans. , d’autres circonstances , quelques minutes suffisent pourdafdiétertniner. f- - : » rPeu de temps après savoir administré ces poisons -auk ahimâux' dès classes -Mpéîîéûres' y j la respiration devient pénible et lente; des- baftëmëtiadi£ cee&r së--râlentis!sèsf, /Cppeu de‘ minutes après d’ envie de’ vomir se manifeste ; ^ânimaf-vomit des matières bilieusës *èt mhqueüses ; ilcsd- iiyë^ ët'présêatëtouslës-phériorQènes que-l’dîf observe’iOrdi- “È'airëment dans les grandes douleurs de Ventre: 11 chancelle, déifie comiiiè s’il avait des Vertiges et s’affaiblit plüS>^t ^luS ion remarque un tremblement dans «les- muscles'- dès ‘ég&éniités- postérieures* d’abôrdj pvtis V- et seulement dàas -ëëMaihes circonstances , dans ceux des pattes antérieures. dLbrrfVe: tantôt que la respira tiouet la’ffireulatibn sont -plus rares et plus irréguli ères ; ‘tantôt , -au^ontradre pscesr fonctions "sont -accélérées , etàlor^ -la respiration est douloureuse,; les ‘animaux halètent comme les chiens quûont trèsr-dhand;; la langue est pendante ; là: faiblesses des] muscles, augmèhte à Un tel point quel a démarche devient impossible, et l’animal •rëstè étendu par -terre. À cette époque , les efforts pour vomir Cessent le plus ordinairement ; les convulsions se déclarent augincntOnt-de-temps à autre , et ne tardent pas à être suivies de l’opisthotonos , de l’emprosîhotonos et de la moru - - - . _ . . - .

» Dans certaines circonstances, laTqspiratiou et les mou* vemens du cœur deviennent plus rares,; ceux-ci son t intermittens , tandis que la respiration est pénible ; la chaleur intérieure et extérieure diminue , phénomène qui

DE l’ ellébore soir. ij

est de la plus haute importance pour les physiologistes. Plus tard y la sensibilité diminue y- - ranimai languit et reste couché , la respiration est rare' et faible et de temps à autre, on aperçoit quelques signes de vie qui s’éteint par degrés. Quelquefois surtout chez les oisêaüx, ces: poisons agissent comme purgatifsyy ils détei'iMiient rarement l’éternuement ; la pupille est resserrée ou dilatée.

» Si , après l’empoisonnement , la santé se rétablit , ce qui y d’après Ledéli us , peut arriver même chez les per¬ sonnes qui ont éprouvé des convulsions la respiration, le pouls et la température du corps réviennent peu à peu à leur état naturel. ^ êiexa;;; jo * a

m. Ghezdes; animaux qui n’ont; pa &isêÿé taés instantanés ment par ces poisons y on trouve lesspoumons lourésy gorgés de sang , ; recouverts d’une membrane- dense lét -of¬ frant plusieurs taches brunes y quelquefois ils sont efftphy- sémateux y la trachée-artère et seg^rândes’ramificatioïfspe paraissent point altérées, i eb'v;: ;rr,i ru-u'-Mr.

» Les vaisseaux biliaires et la vésicule du fiel sont rëm-J plis de bile y on troüve encore dnexassezrigrande quantité de cette liqueur dans les intestins grêlesé Le foie est sou* vent gorgé de sang y la membrane muqueuse de l’esto¬ mac est d’une couleur rouge y? mh observe quelquefois une rougeur analogue dans quelques parties des intestins; Je n’ai jamais pu confirmer le, fait-annoncé par M. Qrfila , savoir, que l’ellébore noir enflaipuie l’intestin rectum : plusieurs expériences faites par M. Qrijlà.lui-mêmeaont eq opposition avec ce qu’il . ravapçq, .

(rj Kous persistons à croire que l’éllêbôrè noir* déterminé l’inflammation du rectum lorsqu’il est introduit dans l’eslô- mac. SiM. Schabel n’a pas observé cctïe lésion, cela tient à ce que les animaux sur lesquels il à Opéré sont morts quelques mi¬ nutes apres l’ingestion du poison y tandis que, suivant nous ,

DES POISONS ACRES.

» On rencontre souvent dans les gros troncs veineux et dans les cavités droites du cœur, une grande quantité de sang noir 5 il; y en a aussi quelquefois dans le ven¬ tricule gauche.

» Si on ouvre, les animaux peu de temps après la mort , On voit que le sang est fluide etqu’il se coagule par son exposition à l’air. Les. autres organes nous ont paru sains;

» L’irritabilité des muscles volontaires et involontaires , et de ceux qui ont été touchés par ces poisons, est encore assez marquée. Les nerfs ont conservé assez de force pour transmettre les impressions qu’ils ont reçues.

» Nous n’avons jamais remarqué que les corps des ani¬ maux soumis à l’influence des racines dont nous par- lois eussent une tendance plus marquée à la putréfaction: ; r.» Il résulte de tout ce qui précède que les propriétés dé¬ létères des racines d’ellébores noir et blanc ont quelques rapports avec celles de Y hydro-chlorate de baryte et de l’é- métique; que leur mode d’action diffère cependant, sur¬ tout de la dernière de ces substances , parce qu’elles agis¬ sent avec plus de promptitude , qu’elles produisent moins de déj ections alvines , et qu’étant appliquées ailleurs que sur: l’èstomac , elles excitent plus vite, et plus constam¬ ment le vomissement. En effet., d’après M. Emmert, aucune des substances vireuses ou médicamenteuses employées

elle ne se développe que dans le cas les animaux ont survécu quelques heures â son administration [Toxicologie , 1. 11, p. g, ire édit.). Qu’il nous soit permis de relevèr encore M. Schabel lorsqu’il dit que nou&sommes en contradiction avec nous-mêmes. Parmi les expériences rapportées dans notre article sur l’ellé¬ bore noir (xre édit.), la ne et la ve sont les seules qui aient été terminées par la mort après l’introduction de ce poison dans l’estomac : or, dans l’une et dans l’autre, l’intérieur du reetum était d’un rouge cerise.

DE LA. BRYONE.' 29^

jusqu’à ce jour ne détermine aussi promptement le vo¬ missement que les racines d’ellébore appliquées sur des plaies saignantes ( Schabel) ».

817. L’ellébore fétide peut aussi déterminer la mort. On lit dans le London- Chronicle, 1768, 1760, qu’un enfant périt pour avoir pris de la racine de cette plante dans de la pulpe de pomme. On a vu aussi, après son emploi, des individus perdre les cheveux , les ongles, et même l’épi¬ derme qui recouvre tout le corps. ( Oxford Magazine, pour le mois de mars 1779, pag. 99.)

De la Bryone.

818. Le genre brjonia appartient à la famille des cucur» bitaeées.

Caractères. Fleurs monoïques ou dioïques : calice court , monophylle , campanulé , à cinq dents : corolle adhérente au calice , campanulée ou presqu’en rosette , dont le lymbé est à cinq divisions ovales et veineuses. Fleurs mâles ; trois étamines, dont deux soudées ensemble par les filets. Fleurs femelles ; un style à trois divisions : stigmates échancrés r ovaire inférieur, ovoïde, qui, lors de sa maturité, est une baie sphérique ou oyale, lisse en sa superficie, renfermant un petit nombre de graines.

Bryonia dioica (couleuvrée, bryone blanche). Tiges longues d’environ deux mètres , grêles, grimpantes, can¬ nelées et un peu velues : feuilles., alternes, pétiolées, an¬ guleuses , palmées , cordiformes , hérissées de poils rudes au toucher , offrant à leur base une longue vrille roulée - en spirale : racine fort grosse , fusiforme , marquée en de¬ hors par des cercles , charnue , succulente , rameuse , d’un blanc jaunâtre, d’un goût âcre, amer et désagréable : fleurs petites, d’un blanc sale, et marquées de lignes verdâtres : baies rondes et d’un rouge vif dans leur maturité, Cette

3o DES POISONS ACRES,

plante est commune dans les haies. La racine de bryoce renferme un suc très - âcre, amer > soluble , que l’on peut lui enlever en l'exprimant et en le traitant ’par l’eau : il reste alors une matière féculente, douce, nullement cor¬ rosive.

Action de la racine de Bryone sur V économie animale.

Expérience ire. A six heures et demie du matin, on a appliqué 2 gros 48 grains de poudre fine de racine sèche de bryone sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille. L’animal est mort au bout de soixante heures, sans avoir paru éprouver d’autre symptôme qu’une douleur assez vive. A l’ouverture du ca¬ davre , on n’a remarqué aucune lésion dans le canal diges¬ tif 5 les poumons étaient sains; le membre opéré offrait une inflammation assez étendue qui s’était terminée par suppuration.

Expérience 11e. A dix heures du matin , on a introduit dans l’estomac d’un petit chien robuste une demi-once de racine sèche de bryone finement pulvérisée, et on a lié l’œsophage. A deux heures, l’animal ne paraissait pas in¬ commodé. Le lendemain matin, on l’a trouvé mort. Le sang qui remplissait les ventricules du cœur était coagulé; les poumons, peu crépitans, étaient d’une couleur rou¬ geâtre , et contenaient une assez grande quantité de sang ; l’estomac , très-rouge à l’extérieur, renfermait presque toute la poudre ingérée ; la membrane muqueuse , d’un rouge vif, présentait çà et des plaques noirâtres, nullement ulcérées; l’intérieur des gros intestins était très-enflammé; les autres parties du canal digestif étaient à peine ulcérées.

Expérience 111e. On a répété la même expérience, à cinq heures du matin , avec 3 onces d’eau que l’on avait fait in¬ fuser , pendant deux heures, sur 4 gros de racine de bryone pulvérisée. A six heures du soir, l’animal n’avait éprouvé

UE'-XA BRYQ.S E.' 3;*.

d’autre symptôme qu’un grand état d’abattement; il cher¬ chait peu à se mouvoir ; cependant il n’avait point de ver¬ tiges. Il est mort- dans 4a1 nuit. On.-l’a ouvert le : lendemain à neuf heures du. matin : le cœur était distendu par une assez grande quantité de. sang en partie coagulé , en partie fluide; les poumons, un peu rouges, contenaient du sang fluide; la membrane-muqueuse de l’estomac était d’un rouge cerise dans toute son étendue; il en était de même de celle qui tapissé l’intérieur du rectum. Les autres in¬ testins , excepte le commencement du duodénum, étaient presque dans l’état naturel. '

- . - OBSJÎ H V A; X.I Ô.K S. . - .

i°. « Jefus appelé dans mois dérniér pbüt'porter secours à une femme en coùcîië dont l’enfant étâit niôrt , et a qui un chirurgien de village avait ordonné , pour empêcher la sécrétion du iMit, une tisahe composée d’environ une once de racine de bryone pour un litred’eau , et un lavement fait avec une décoction concentrée de la même racine. ' :

» À mon arrivée , quëtrê heures après qu’elle eut pris ce fatal remède, elle n’était déjà plus; L’insjpëc'ttôn dès ma¬ tières qu’elle avait rendues par le bas, dans lesquelles les bonnes femmes croyaient apercevoir dés morceaux du délivre d’une couche antérieure , nie fil reconnaître la membrane interne de l’intestin réctum. Il fut impossible de faire. T ouverture du cadavre. » (Fait communiqué par M. J, L. S. D. B. GaÉéttè de Santé, rx èeptëmbre 1816).

, 2°. Plusieurs observateurs attestent’ que l’âdministratibh de la bryone a été suivie vômisséiriéns violons , accom¬ pagnés de défaillances , de vives douleurs , de déjections alvines séreuses abondantes , de soif , etc.

819. Ces faits nous portent à croire, i°. Que la racine de bryone agit sur l’homme comme sur les chiens ;

32

des corsons acres.

2°. Que ses effets pourraient dépendre de l’inflamma¬ tion qu’elle développe et .'de l’irritation sympathique du sys¬ tème nerveux, plutôt que de son absorption 5

3°. Que c’est spécialement dans la portion soluble dans, l’eau que réside sa propriété délétère.

De V Élalérium.

820. Le momordica elalerium (concombre d’âne, con¬ combre sauvage) est une plante de la famille des cucurbi- tacées, rangée par Linnée dans la monoecie diandrie. Elle offre, sur le même pied, des fleurs unisexuelles composées d’une corolle monopétale , hypocrafériforme , à tube cy¬ lindrique et à limbe partagé en cinq découpures lancéolées, ouvertes , avec une petite dent. Fleurs mâles : trois étami¬ nes , dont deux soudées par les filamens : les anthères sont réunies. Fleurs femelles : trois étamines avortées : un ovaire inférieur à trois lobes, hérissé, duquel s’élève un style qui s’épaissit insensiblement, et se termine en un stig¬ mate en tête. Le fruit est un baie ovale, peu charnue , co¬ riace, à peine de la grosseur du pouce, uniloculaire, cap¬ sulaire, hérissée de pointes molles, s’ouvrant avec élas¬ ticité et lançant les semences au loin. Celles-ci sont ovales, anguleuses , comprimées , munies d’une arille , et nagent dans une pulpe aqueuse. Les tiges sont couchées par terre , rampantes, très-branchues , épaisses, et chargées d’aspérités qui les rendent piquantes et rudes au toucher. Les feuilles sont pétiolées , cordiformes , oreillées à leur base , éparses 5 et leur pétiole surtout est très-hérissé de poils piquans. Cette plante croît dans les lieux stériles et pierreux:

Action de V Èlatérium sur T économie animale.

Expérience ire. À huit heures , on a introduit dans l’esto¬ mac d’un petit chien robuste 3 gros d’extrait d’éîatérium

©e l'iUTÉnnijf. 33

solide dissous dans 5 gros d’eau , et on a lié l’œsophage. Dix minutes après , l’animal a eu des nausées et a fait des efforts pour vomir. À huit heures et demie , les envies de vomir se sont renouvelées, et il poussait des plaintes. À dix heures un quart, il était couché sur le côté, sans pouvoir rester debout un seul instant ; sa sensibilité était tellement diminuée, qu’on pouvait le heurter, le déplacer sans qu’il donnât le moindre signe de sentiment. Sa respira¬ tion était profonde, accélérée, et semblable à celle des indi¬ vidus qui sont atteints d’une inflammation du bas-ventre; l’a-" nimal faisait encore des efforts pour vomir. A deux heures, on l’a trouvé mort , et on en a fait l’ouverture. Le coeur ne se contractait plus ; il ne contenait que très-peu de sang noi¬ râtre ; les poumons, roses, étaient moins crépitans que dans l’état naturel, légèrement compactes et peu gorgés de sang ; i’estoinac renfermait une cei taifie quanti. é d’un fluide brunâtre ; la membrane muqueuse , d’un rouge de feu dans toute son étendue , offrait ça et des points noi¬ râtres sans ulcération ; le rectum , parsemé de taches d’un rouge cerise , était évidemment enflammé ; il n y avait point d’altération dans les autres intestins ; le cadavre n’était pas roide.

Expérience ne. A dix heures du matin , 3 gros d’extrait d’élatérium ont été injectés dans le tissu cellulaire de la cuisse d’un chien de moyenne taille. A deux heures , l’ani¬ mal n’offrait aucun phénomène sensible. Le lendemain matin, on l’a trouvé mort. Le canal digestif était sain, ex¬ cepté le rectum , dont l’intérieur présentait quelques ta¬ ches roses ; le membre opéré était infiltré , d’un rouge, livide , et très-enflammé.

Expérience iue. On a répété la même expérience, à cinq heures du matin, sur un chien fort et de grande taille. Le lendemain, à sept heures du matin, l’animal n’avait éprouvé que de l’abattement. 11 a expiré à trois

DES POISONS ACRES.

34

heures , et la mort a été précédée d’une insensibilité géné¬ rale. A l’ouverture du cadavre, on n’a pas découvert la moindre trace d’altération dans les tissus qui composent le canal digestif, excepté dans le rectum , qui offrait quel¬ ques taches rouges ; le membre opéré était tuméfié et très- enflammé; la rougeur s’étendait depuis la partie inférieure de la patte jusqu’à la troisième côte sternale ; il y avait beaucoup d’infiltration séroso - sanguinolente ; les pou¬ mons étaient sains.

821. Ces expériences nous portent à croire,

i°. Que les premiers effets de l’élatérium dépendent de l’inflammation qu’il détermine autant que de son absorption ;

20. Que c’est à la lésion du système nerveux sympathi¬ quement affecté qu’il faut attribuer la mort qui est la suite de l’administration ou de l’application de cette substance ;

3°. Qu’en outre il exerce une action spéciale sur le rectum.

\ De la Coloquinte .

822. La coloquinte est le fruit du cucumis colocynihis (moncecie syngénésie de L.), qui appartient à la famille des cucurbitacées , et qui croît dans les îles de l’Archipel. Ce fruit est de la grosseur d’une orange , d’une couleur blan¬ che jaunâtre, inodore, rond, sec, léger, spongieux et composé de feuillets membraneux ; il renferme un très- grand nombre de cellules dans lesquelles sont logées des semences planes, oblongues , douces et émulsives ; il est doué d’une saveur acrimonieuse , très-amère et très-nau¬ séabonde.

DE LA COLOQUINTE.

35

Action de la Coloquinte sur F économie animale.

Expérience ire. A neuf heures du matin, on a détaché èt percé d’un trou l’œsophage d’un chien de moyenne taille , et on a introduit dans son estomac 3 gbos. de colo¬ quinte réduite en poudre fine et contenue dans un. cornet de papier : on a lié l’œsophage. A deux heures, l’animal avait eu une selle liquide , noirâtre ; il se plaignait de temps en temps ; mais il n’avait ni vertiges ni convul¬ sions. A huit heures du soir , sa respiration était un peu accélérée et gênée; il ne conservait plus les facultés du sentiment ni du mouvement : on pouvait le déplacer comme une masse inerte , et il lui aurait été impossible de se tenir un instant debout. 11 était couché sur le côté ; ses pattes, un peu allongées, sans contraction remarquable des muscles qui en font partie, n’étaient le siège d’aücua mouvement convulsif. Il est mort à minuit.

Ouverture du cadavre. L’estomac offrait, à l’intérieur, une couleur rouge violette; il était distendu par une assez grande quantité d’alimens solides et par un liquide dans lequel était suspendue la poudre de coloquinte. La mem¬ brane muqueuse de ce viscère, fortement enflammée dans toute son étendue , était d’un rouge noitâtre dans la portion correspondante au grand cul-de-sac , d’un rouge vif dans les autres parties ; celle qui tapisse le duodénum , le jéjunum, l’iléum, le cæcum et le premier quart du colon, était d’un rouge assez vif; il n’y avait aucune altération dans le restant du colon ; mais le rectum pré¬ sentait un très-grand nombre de plaques d’un rouge de feu.

Expérience 11e. A huit heures du matin on a fait avaler à un chien de moyenne taille une pomme de coloquinte, qu’il a vomie près qu’en. entier une heure après. Le lende¬ main , à onze heures, on a détaché son oesophage,

DES POISONS ACRES.

36

on a introduit dans son estomac cinq onces de vin blanc que l’on avait fait infuser pendant six heures sur 2 gros et demi de coloquinte de Venise : on a lié l’oesophage. A une heure, l’animal n’avait fait aucun effort pour vo¬ mir. A six heures , il avait eu deux selles liquides , et il se plaignait assez vivement. Il est mort dans la nuit. Les poumons, l’estomac , le duodénum et les autres in¬ testins grêles n’offraient aucune altération remarquable ; la membrane muqueuse du rectum et des dernières por¬ tions du colon était d’un ronge pourpre foncé : la mem¬ brane musculeuse soujacente était également enflammée.

Expérience 111e. On a versé 8 onces de vin blanc bouil¬ lant sur une demi-once de coloquinte de Venise coupée en petits fragmens. Au bout de trois jours on a décanté le liquide spiritueux , on l’a fait évaporer pour en chasser l’alcool j et on l’a introduit dans l’estomac d’un chien de moyenne taille ^ dont l’œsophage avait été préalablement détaché et incisé. Le lendemain, l’animal se plaignait, était abattu et avait eu deux selles abondantes. Il est mort vingt- deux heures après l’opération. La membrane mu¬ queuse de l’estomac était généralement d’un rouge, assez vif, et offrait çà et des portions d’un rouge foncé; celle qui tapisse le duodénum et le jéjunum présentait une altération analogue. L’iléon , le cæcum et les premières portions du colon étaient presque dans l’état naturel ; l’intérieur du rectum et de la portion inférieure du co¬ lon était le siège d’une inflammation très-intense ; on voyait plusieurs bandelettes saillantes, d’un rouge noirâtre, se détacher sur un fond rouge de feu. Les poumons paraissaient dans l’état naturel.

Expérience ive. On a fait, à midi, une plaie à la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille ; on l’a saupoudrée avec 2 gros de coloquinte finement pulvéri¬ sée, et on a réuni les lambeaux par quelques points d&

!)E LA COLOQUINTE. 3j

suture. Le lendemain , à quatre heures du matin , l’animal ne paraissait pas très-incommodé ; il ne poussait aucun cri plaintif, et il marchait librement. Il est mort dans la nuit.

Ouverture du cadavre. La membrane muqueuse du re c- tum était évidemment altérée ; presque toute sa surface était tapissée de points d’une couleur rouge de sang; les autres portions du canal digestif et les poumons n’offraient au¬ cune lésion apparente. Le membre opéré présentait une in¬ flammation assez étendue accompagnée d’une infiltration sanguine qui occupait principalement les parties infé¬ rieures. Il n’y avait point d’escarre.

Expérience ve. On a fait digérer dans l’eau ^ pendant huit jours , 2 onces de coloquinte finement pulvérisée ; on a évaporé le liquide jusqu’à consistance presque si¬ rupeuse, et on l’a introduit, à midi, dans l’estomac d’un chien de moyenne taille, dont l’oesophage avait été préa¬ lablement détaché et incisé. A midi et demi , l’animal a fait de violens efforts pour vomir. A quatre heures un quart, sa marche était chancelante, et il avait des vertiges tels , qu’il tombait après avoir fait deux ou trois pas. Il conservait cependant l’usage de ses sens et ne poussait au¬ cune plainte. A six heures, il ne donnait presque plus de signe de vie ; on pouvait le déplacer ..comme une massé inerte; il n’était pas agité de mouvemens convulsifs. A huit heures et demie , il était dans le même état. Il est mort à onze heures du soir.

Ouverture du cadavre. L’estomac contenait une portion du liquide ingéré , mêlé d’un fluide visqueux et noirâtre 5 la membrane muqueuse, d’une couleur rouge foncée, offrait des stries d’un rouge noirâtre ; la membrane musculeuse était rouge-cerise ; les intestins grêles , le cæcum et le colon paraissaient peu altérés ; la membrane muqueuse du rectum était très-enflammée, et présentait des bandes longitudinales couleur de feu; les poumons, un peu

DES POISONS ACRES.

38

gorgés de sang noir , étaient cependant assez crépitans ; -les vaisseaux veineux placés à la surface des lobes céré¬ braux étaient très -gorgés de sang noir , la pie-mère for- temént injectée ; mais il n’y avait aucun fluide dans les ventricules de cet organe.

Expérience vie. A midi, on a fait avaler à un petit chien à Jeun 3 gros de coloquinte que l’on avait préalablement traitée par l’eau bouillante, jusqu’à ce que ce liquide fût incolore et insipide ; on a lié l’œsophage. L’animal a fait des efforts pour vomir ; quatre heures après il a éprouvé des vertiges, et il est mort dans la nuit. L’estomac était un peu enflammé à l’intérieur ; le rectum offrait à peine une très- légère altération.

OBSERVATIONS.

i°. Une femme fut en proie à des coliques pendant trente ans, pour avoir pris de Y infusion de pulpe de co¬ loquinte préparée avec de la bière. (Foruyce, Fragmenta chirurg. et med. , p. 66.)

2°. Un individu prit le decoctum de trois pommes de coloquinte ; il eut des déjections aivines abondantes et sanguinolentes , et il aurait succombé si on ne se fût hâté de lui administrer l’huile en lavement et par la bouche. (Tulpius, Obs lib. iv, c. xxvi,pag. 218.)

3°. Dioscoride avait observé ( lib. iv, c. clxxviii ) que la coloquinte , introduite dans le rectum , déterminait un flux de sang.

4°. Lebret, chiffonnier, avala 3 onces de coloquinte dans l’espoir de se débarrasser d’une gonorrhée dont il était at¬ teint depuis plusieurs jours. Peu de temps après , il éprouva des douleurs aiguës dans l’épigastre, et il vomit abondam¬ ment. Au bout de deux heures , il eut des déjections aivines copieuses; les membres abdominaux fléchirent, la vue s’obscurcit , et il n’entendait qu’avec difficulté; il se mani¬ festa un léger délire auquel succédèrent bientôt des verti-

DE li COLOQUINTE. 30

ges. On lui fit boire beaucoup de lait, ce qui occasionna des vomissemens ; on appliqua dix sangsues au bas-ventre , et les symptômes se calmèrent par degrés. (Rapport fait par le malade. )

5°. Un ouvrier serrurier, âgé de vingt-huit ans, sujet au flux kémorrhoïdal , se plaignait , depuis quelque temps , de douleurs dans l’estomac , de digestions pénibles et de plusieurs autres symptômes de dyspepsie. Un ouvrier alle¬ mand, son compagnon j lui promit de le guérir radicale¬ ment au moyen dun remède de famille. Il prit, par ses conseils , deux verres d’une décoction amère, que j’ai su, par la suite , être de la coloquinte. Le remède produisit des selles fréquentes , accompagnées de coliques ; quelques heures après, îemaladese plaignit d’une grandechaleur dans les entrailles , d’un sentiment de sécheresse à la gorge , d’une soif inextinguible. Il me demanda le soir. On me cacha la vraie cause de la maladie ; je le trouvai avec un pouls petit , très-accéléré, la langue rouge, le ventre tendu, très-dou¬ loureux au toucher 5 la douleur était fixe et atroce près de l’ombilic*, les selles étaient supprimées. Je lui ordonnai une saignée , des fomentations émollientes , des demi-lave- mens émolliens et du bouillon de poulet. La nuit fut très- mauvaise. Le lendemain matin , le ventre était plus ballonné et plus douloureux ; on ouvrit de nouveau la veine ; on plaça le malade dans un bain tiède 5 six heures après , augmenta¬ tion des douleurs, rétention d’urine. avec rétraction dou¬ loureuse des testicules et priapisme; on couvrit le ventre de fomentations ; on appliqua douze sangsues à l’anus , et des ventouses scarifiées sur l’abdomen ; on ordonna l’émul¬ sion de gomme arabique et des lavemens émolliens nitrés. Le troisième jour au matin, la rétention d’urine cessa; les autres symptômes continuèrent ; le pouls était petit et serré ; le hoquet survint, les extrémités se refroidirent , la tête et la poitrine se couvrirent de sueur grasse ; on craignit

bes eoisons Acres.

la gangrène ; le soir, les douleurs cessèrent, le ventre était moins tendu, et semblait offrir quelques signes de fluctua¬ tion ; les assistans se félicitaient d’une amelioration sen¬ sible, et, comme je l’avais annoncé , le malade mourut pendant la nuit. Son épouse me fît l’aveu de l’imprudence qu’il avait commise.

Ouverture du cadavre. Les viscères abdominaux of¬ fraient les plus grands désordres; l’abdomen était rempli d’un fluide blanchâtre, chargé de flocons de la même couleur ; les intestins étaient rongés , parsemés de taches noires; la plupart étaient ou adhérens ou couverts défaussés membranes. La tunique interne de l’estomac était comme détachée et ulcérée. Le péritoine était presque putréfié ; le foie , les reins et la vessie offraient des traces d’inflam¬ mation. (Observation inédite communiquée par le docteur Carron d’Annecy.)

6°. Je fus"- appelé , quinze jours après, pour voir une jeune blanchisseuse qui venait de prendre un demi-verre de décoction amère que lui avait ordonnée le même ou¬ vrier allemand ; elle ressentit bientôt de violentes douleurs dans le bas-ventre , me fit demander , et me montra le breu¬ vage. Je reconnus bientôt que c’était de la coloquinte. La cessation du remède, les bains, les boissons huileuses, mucilagineuses et l’opium , la guérirent bientôt. (M. Car¬ ron d’Annecy. )

7°. Un boulanger , atteint de fièvre quarte , de ca¬ chexie , etc. , prit le remède ; il souffrit beaucoup et fut guéri de la fièvre ; cependant il resta faible , languissant , avec un teint plombé , et périt, aubout de six mois, d’une attaque de paralysie. ( M. Carron d’Annecy. )

823. Ces données tendent à prouver :

i°. Que les effets de la coloquinte dépendent principa¬ lement de son action locale et de l’irritation sympathique qu’éprouve le système nerveux ;

DE LA GOMME-GUTTE. 4 1

a°. Qu’elle est cependant absorbée , portée dans le tor¬ rent de la circulation, et qu’elle agit aussi directement sur le système nerveux et sur le rectum 5

3°. Que l’activité de ce jmédicament réside à - la - fois dans la portion soluble dans l’eau et dans celle qui y est insoluble ;

4°. Qu’ilparaît agir sur l’homme comme sur les chiens (1).

De la Gomme-gutte.

824. La gomme-gutte est une gomme-résine que l’on obtient dans les royaumes de Siam et de Ceylan , en prati¬ quant des incisions aux feuilles et aux jeunes .pousses du stalagmitis gambogioides (polygamia monœcia , Willdj. Le bois du gambogia gutta, L. ( polyandrie mônogynie) fournit aussi , par l’incision , ce produit sous la forme d’un suc qui ne tarde pas à se concréter.

La gomme-gutte est solide , d’une couleur jaUne foncée , tirant sur le 'rouge, devenant jaune clair lorsqu’dn l’hu- mecte ou lorsqu’on la pulvérise , d’une cassure puisante ,

(1 j On a remarquer dans les expériences relatives à la co¬ loquinte et à l’élatérium que lorsque ces poisons ont déterminé la mort après leur in troduction dans l’estomac , on trouve ce vis¬ cère et le rectum enflammés ; tandis que la masse des intestins grêles est presque dans l’état naturel. Cette particularité a éga¬ lement lieu pour un très -grand nombre de substances véné¬ neuses : elle paraît dépendre de la rapidité avec laquelle une partie du poison traverse les intestins grêlés, et du long séjour qu’il fait dans l’estomac et dans le rectum. On ne peut pas ad¬ mettre que ce soit toujours en vertu d’une action spéciale sur cet intestin que l’inflammation développe j car elle manque souvent lorsque la substance vénéneuse a déterminé la mort après avoir été injectée dans le tissu cellulaire de la cuisse.

4a DES POISOKS ACRES.

très-friable ,. opaque , inodore , insipide, à moins qu’on ne la laisse trop long -temps dans la bouche, car alors elle développe une saveur légèrement âcre ; se dissolvant en partie dans l’eau et dans l’alcool auxquels elle communique une teinte jaune. L’àlcool ainsi chargé fournit, par l’addi¬ tion de l’eau , un précipité jaune qui ne se dépose qu’avec la plus grande difficulté. La dissolution de potasse dissout en entier la gomme - gutte ; cette dissolution n’est point troublée par l’eau ; mais elle est décomposée par les acides , qui en précipitent une matière d’un très-beau jaune , so¬ luble dans un excès d’acide.

Action de la Gomme-gutte sur T économie animale.

Expérience ire. A dix heures du malin, on a fait avaler à un petit chien un gros de gomme-gutte finement pulvé¬ risée. Au bout d’une heure, il a vomi des matières ali¬ mentaires couleur de safran, mêlées d’une certaine quan¬ tité de la poudre ingérée. Dix minutes aj>rès , nouveau vomissement ; l'animal était un peu abattu. Le lendemain , il était parfaitement rétabli; il a mangé comme à l’ordi¬ naire, et il n’avait eu aucune évacuation alvine. Le jour suivant, on lui a fait avaler de nouveau 2 gros 48 gr. de gomme-gutte : au bout d’une heure, il a vomi trois fois des matières jaunes , et, trois heures après, il a mangé avec assez d’appétit. Trois jours après il était très-bien portant : on lui a détaché l’oesophage, on l’a percé d’un trou, et on a introduit dans l’estomac un gros et demi de gomme-gutte délayée dans deux onces d’eau. Il n’a pas tardé à faire des efforts pour vomir, et il a eu, au bout de huit heures , une selle jaunâtre assez abondante. II est mort dans la nuit. La membrane muqueuse du rectum et de la moitié descen¬ dante du colon était d’une couleur rouge ; l’estomac , les autres intestins et les poumons n’offraient pas d’altéra¬ tion sensible.

DE LA GOMME SBTTE. 4^

Expérience ue. A huit heures du matin , on a fait avaler à un petit chien robuste et à jeun un gros et demi de^ gomme-gutte finement pulvérisée *, immédiatement après , on a détaché et lié l’œsophage. Au bout de cinq heures , l’animal avait eu plusieurs selles liquides d’une couleur jaune; il se plaignait , était abattu , et respirait avec diffi¬ culté; il n’y avait ni convulsion ni paralysie. Il est mort à $ix heures du soir.

Ouverture du cadavre. L’estomac, injecté à l’extérieur , d’une couleur rougeâtre , offrait dans son intérieur une pe¬ tite quantité d’un fluide visqueux, brunâtre; sa membrane muqueuse, généralement rouge, présentait, dans les plis voisins du pylore , une couleur rouge foncée ; le duodénum et le jéjunum étaient légèrement enflammés ; le rectum était enduit d’une légère couche de gomme-gutte, et par¬ semé d’un très-grand nombre de stries d’un rouge foncé. Les poumons, un peu livides, étaient moins crépilans que dans l’état naturel.

Expérience ni®. A dix heures du matin , on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un chien de moyenne taille, et on a introduit dans son estomac 4 gros de gomme-gutte finement pulvérisée, contenue dans un cornet de papier : l’œsophage a été lié. A deux heures, l’animal faisait de violens efforts pour vomir ; mais il ne paraissait pas très- incommodé. A huit heures du soir, il ne poussait aucune plainte et conservait le libre usage de ses sens et de ses membres;, la respiration s’exercait presque comme dans l’état naturel. Le lendemain, à dix heures du matin, on l’a trouvé mort. L’estomac contenait environ quatre onces d’un fluide peu consistant, dans lequel était suspendue la majeure partie de la gomme-gutte ; la membrane muqueuse de ce viscère était recouverte d’une légère couche de cette gomme-résine que l’on n’a pu détacher qu’au moyen du scalpel : elle avait une couleur rouge de feu, et était par-

44 BES POISONS ACRES,

semée d’une multitude de points également colorés. Ou voyait dans l’intérieur du rectum quelques taches rou¬ geâtres. Les autres intestins, enduits d’une matière jaune filante, n’offraient aucune altération remarquable. Les poumons, d’un rouge foncé par plaques, étaient moins crépitans que dans l’état naturel , et gorgés de sang noir.

Expérience ive. À dix heures du matin, on a saupoudré line plaie faite à la cuisse d’un chien de moyenne taille , avec 2 gros 48 grains de gomme-gutte finement pulvérisée, et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. A huit heures , l’animal n’avait eu aucune évacuation ; il mar¬ chait bien et ne se plaignait pas. Le lendemain matin on l’a trouvé mort. Le canal digestif était à-peu-près comme dans l’état naturel 5 les poumons , peu crépitans, d’une couleur un peu livide , contenaient du sang noir. Le membre opéré était enflammé et infiltré 5 l’inflammation et l’infiltration séreuse s’étendaient sur le côté jusqu’à la sixième côte ster¬ nale. Il y avait beaucoup de gomme-gutte à l’endroit de la plaie , et on n’a point observé d’escarre.

Expérience ve. On a répété l’expérience précédente sur un chien de même taille. Le lendemain , à deux heures de l’après-midi (vingt-quatre heures après l’opération) , l’ani¬ mal marchait bien sans se plaindre, et n’avait aucun mou¬ vement convulsif. Il est mort dans la nuit. On n’a point trouvé d’altération dans le canal digestif; les matières fécales contenues dans les gros intestins étaient d’une couleur jau¬ nâtre. Le membre sur lequel la plaie avait été faite pré¬ sentait une infiltration séreuse très-considérable, et toutes les parties voisines étaient teintes en jaune par une légère couche de gomme-gutte. Il n’y avait point d’escarre.

820. Il résulte de ces expériences,

i°. Que la gomme-gutte peut être introduite à assez forte dose dans l’estomac des chiens qui ont la faculté de vomir, sans donner lieu à des accidens graves ;

DU GAROU.

45

a°. Que, dans le cas contraire, elle détermine une mort prompte qui ne parait pas dépendre de son absorption, mais de l’action locale énergique qu’elle exerce , et de l’ir¬ ritation sympathique du système nerveux ;

3°. Qu'elle détruit rapidement la vie lorsqu’on l’appli¬ que sur le tissu cellulaire , et que ses effets sont analogues à ceux d’une brûlure étendue qui ne produirait point d’es¬ carre.

Du Garou (daphne gnidium).

826. Cet arbrisseau appartient à l’octandrie monogynie de L. et à la famille des thymélées de Jussieu. On l’appelle aussi vulgairement sam-bois.

Périgone ( calice ) en tube gonflé et resserré à l’ouver¬ ture, et qui semble tenir lieu de corolle dont les fleurs de cette plante manquent ; blanchâtre ou rougeâtre , divisé en quatre lobes et couvert d’un duvet presque cotonneux, supporté par un pédoncule pubescent : huit étamines à filets courts , insérées et enfermées dans le tube du calice : un style court à stigmate en tête : un ovaire. Le fruit est une baie ovale ou sphérique , renfermant une pulpe succulente, sous laquelle se trouve une coque mince à une loge et à une seule graine : fleurs petites, en panicule peu étalé: tige de deux à trois pieds , divisée dès sa base en plusieurs rameaux effilés, abondamment garnis de feuilles lancéo¬ lées, linéaires, très-glabres , terminées par une pointe ai¬ guë, éparses, nombreuses , très-rapprochées les unes des autres , etpresque embriquées vers le sommet des rameaux. Le garou croît dans les lieux arides et montueux des pro¬ vinces méridionales.

Caractères de ï écorce. Fragmens très-longs , peu épais , très-flexibles 5 épiderme brun , lisse , jaunâtre à sa face in¬ terne. Cette écorce n’a point d’odeur ; sa cassure est fibreuse, sa saveur âcre et brûlante.

DES ÏOISOKS ACRES.

Action du Garou sur T économie animale.

Expérience ire. A huit heures du matin , on a fait avaler à un chien de moyenne taille un gros et demi d’écorce de garou réduite en poudre fine. Aussitôt après , la bouche de l’animal s’est remplie d’écume , et il a poussé des cris plain¬ tifs. A dix heures et demie, il a vomi des matières alimen¬ taires mêlées de quelques portions liquides , et i 1 a refusé les alimens ; il était un peu abattu 5 les battemens du coeur étaient un peu plus accélérés qu’avant l’opération. Le lendemain, il allait bien et mangeaitavec appétit. Le jour suivant, à neuf heures du matin, on a détaché et percé d’un trou son œso¬ phage ; on a introduit dansl’esto/nac 3 gros de la même pou¬ dre enveloppés dans un cornet de papier, et on a lié l’œso¬ phage. A trois heures , il paraissait très-abattu sans se plain¬ dre ; il n’avait point eu de selle, et les organes des sens et du mouvement conservaient toutes leurs facultés ; les battemens du cœur étaient fréquens et légèrement intermittens. A six heures du soir, il était couché sur le côté, dans un grand état d’abattement, et ne pouvait se tenir sur ses pattes qu’avec la plus grande difficulté. Lorsqu’on essayait de le faire marcher, il retombait pour se coucher de nouveau sur le côté. Les battemens du cœur étaient peu sensibles et lents ; l’animal ne présentait aucun signe de convulsion ni de paralysie. Il est mort à onze heures du soir.

Ouverture du cadavre . L’estomac était distendu et d’une couleur rouge livide à l’extérieur. En l’ouvrant on remar¬ quait qu’il contenait une assez grande quantité de sang vei¬ neux fluide , mêlé avec un liquide filant et noirâtre dans lequel était suspendue une partie de la poudre ingérée. La membrane muqueuse de ce viscère était d’un rouge noirâtre dans plusieurs points, noire dans d’autres, et offrait çà et un très-grand nombre de petits ulcères; la portion qui

DU GAROU. 47

avoisine le pylore était dure, comme tannée ; les tuniques musculeuses et séreuses, très-rouges , étaient séparées par une certaine quantité de sang noir foncé; l’épanchement de ce fluide était encore plus abondant entre la membrane muqueuse et la tunique soujacente. L’intérieur du duodé¬ num était enflammé , et la rougeur diminuait dans les autres intestins grêles à mesure qu’on s’éloignait de l’estomac. Le rectum était très-enflammé; sa membrane muqueuse offrait généralement une couleur rouge-cerise ; les poumons , un peu durcis , étaient moins crépitans que dans l’état naturel.

Expérience iie..A deux heures on a fait une incision à la partie interne delà cuisse d’un petit chien; on a saupou¬ dré la plaie avec 2 gros de garou finement pulvérisé , et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture : l’ani¬ mal a poussé, des cris aigus dans le même instant de l’ap¬ plication de l’écorce. Le surlendemain , à huit heures du matin , il n’avait offert aucun symptôme remarquable ; il était abattu et restait dans un coin du laboratoire ; cepen¬ dant il pouvait marcher assez librement. A dix heures , sa sensibilité était diminuée ; et à deux heures il se tenait couché sur le côté sans donner le moindre signe de senti¬ ment par l’agitation la plus violente ; ses inspirations étaient rares et profondes. Il est mort à quatre heures. Le canal digestif n’offrait aucune trace d’altération ; l’inflammation , assez étendue dans le membre opéré, était accompagnée' d’une infiltration sanguine abondante.

Yicat dit que le garou a occasionné une diarrhée mor¬ telle.

Les daphne mezereum , cneorum, etc. , produisent à- peu-près les mêmes effets. Linnæus rapporte qu’une demoi¬ selle y atteinte d’un fièvre intermittente , périt hémoptoïque pour avoir pris douze baies de daphne mezereum , qu’on lui avait administrées dans le dessein de la purger. {Flora suecica } n°. 338.)

48 DES POISONS; ACUES.

Quelqu’un ayant fait prendre du bois gentil ( daphnè mezereum ) à un hydropique , celui-ci fut tout- à- coup at¬ taqué d’un cours de ventre continuel et accompagné de douleurs insupportables ; il eut en outre , pendant six se¬ maines , des vomissemens qui revenaient tous les jours avec une violence extrême, quoique, pendant tout ce temps j on ne cessât d’avoir recours aux meilleurs remèdes pour les calmer. ( Vicat , Histoire des plantes vénéneuses de la Suisse , p. i4o.)

827. Les faits que nous venons d’exposer nous portent à croire,

i°. Que l’écorce du garou n’est pas absorbée 5

20. Qu elle détermine une inflammation locale très-éner¬ gique , et une irritation sympathique du sytème nerveux , Auxquelles on doit attribuer les phénomènes meurtriers qui suivent son administration :

3°. Qu’elle parait agir sur l’homme comme sur les chiens.

Du Ricin.

828. Le ricin ( ricinus commuais ou palma-christi) est une plante originaire des Indes et de l’Afrique , de la mo- noecie monadelphie L. , et de la famille des titliymaloïdes ,

Caractères. Fleurs unisexuelles , disposées en épis pani- culés et terminaux, les inférieures mâles, les supérieures femelles. Fleurs mâles: calice à cinq divisions profondes : étamines nombreuses : filets rameux, réunis en un faisceau à leur base. Fleurs femelles : calice découpé en trois seg- mens : ovaire presque sphérique , surmonté de trois styles fendus en deux et à stigmates simples. Fruit: capsule verd⬠tre, couverte d’épines molles , à trois sillons, à trois valves et à trois loges monospermes : tige rougeâtre , rameuse , cylindrique, fistuleuse, lisse: feuilles palmées, à lobes pointus et dentés en scie, à pétioles glanduleux.

DU Kl CI N. 49

Caractères des semences. Oblongues , aplaties, ovalai¬ res , obtuses à leurs extrémités : teste cassant , mince , lisse et moucheté de noir, d’une saveur très-âcre : amande blan¬ châtre, fade, huileuse.

Action du fruit du Ricin sur V économie animale.

Expérience Ce. A huit heures du matin on a donné à un petit carlin assez robuste 3o grains du fruit du ricin , le plus divisé possible. Au bout de vingt minutes , il a vomi sans effort quelques matières blanches , filantes et liquides , dans lesquelles, on remarquait le fruit avalé. A neuf heures, il a eu une selle en partie liquide , en partie solide , et il n’a plus éprouvé d’incommodité ; il a très-bien mangé dans le courant de la journée. Le lendemain ^ à midi, on a intro¬ duit dans son estomac un gros et demi du. même fruit sus¬ pendu dans deux onces d’eau,, et on a lié l’oesophage afin d’empêcher le vomissement. Une heure après, il n’avait fait aucun effort pour vomir, et il n’avait point eu de déjec- iion alvine; il était abattu. A quatre heures , il a eu une selle solide; il se plaignait beaucoup , et il est mort à six heures.

Ouverture du cadavre . L’estomac contenait un peu de matière fluide dans laquelle nageaient des portions du fruit du ricin ; la membrane muqueuse de ce viscère qui tapisse le grand cul-de-sac était peu enflammée , mais facile à se détacher en lambeaux ; le canal intestinal et les poumons n’offraiént aucune altération remarquable.

Expérience 11e. A neuf heures du matin, on a introduit dans l’estomac d’un chien 2 gros du fruit du ricin , écrasé et enveloppé dans un cornet de papier : on a lié l’oesophage afin d’empêcher le vomissement. Au bout de trois heures , l’animal a eu deux selles , et il avait déjà fait plusieurs fois des efforts infructueux pour vomir. A quatre heures du soir

n. 4

5o DES POISONS ACRES,

il était très-abattu , se plaignait ; mais il conservait le libre exercice des sens et des membres. Il est mort dans la nuit. La membrane muqueuse de l’estomac n’était affectée que vers le pylore, l’on remarquait une plaque circulaire d’un rouge écarlate , de la grandeur d’un écu de six francs , ulcérée dans plusieurs endroits : ces ulcères n’intéressaient pas les membranes soujacentes. L’intérieur du rectum pré¬ sentait çà et des taches inflammatoires d’un rouge vif. Il n’y avait aucune altération sensible dans les autres organes.

La même expérience a été répétée , à midi , sur un autre petit chien , avec 3 gros du fruit du ricin. Sept heures après , l’animal avait fait quelques efforts pour vomir , et il avait eu une déjection alvine. Le lendemain , à midi , il était ex¬ pirant, dans un état d’insensibilité complète, et ne pouvait plus se tenir sur ses pattes. Il est mort un quart d’heure après , sans avoir présenté d’autre phénomène que deux ou trois inspirations profondes et un écartement des pattes postérieures , qui étaient un peu roides. On l’a ouvert sur- le-champ. Le cœur ne battait plus ; il contenait du sang fluide et d’un rouge assez vif dans la cavité aortique. Les poumons étaient sains. L’estomac renfermait une assez; grande quantité de matière jaunâtre, comme huileuse, mêlée de grumeaux également jaunes ; la membrane mu¬ queuse était fort peu enflammée 5 l’intérieur du rectum of¬ frait çà et des plaques d’un rouge vif. Il n’y avait point d’altération dans les autres parties du canal digestif.

Expérience me. On a introduit dans l’estomac d’un chien de moyenne taille 3 gros de semences de ricin privées de leur enveloppe ligneuse : on a lié l’œsophage. Le lendemain , l’animal n’offrait aucun symptôme remarquable. Le jour suivant , à huit heures du matin, il avait des vertiges très- forts 5 il lui était impossible de marcher sans tomber 5 il ne se plaignait pas. A midi , il se tenait couché sur le côté , dans un grand état d’insensibilité j ses inspirations étaient

DU R ï C I K.

5r

rares et profondes ; les battemens du cœurcomme dans l’état naturel. Il est mort à deux heures. La membrane muqueuse de l’estomac, peu rouge, offrait quelques petits ulcères dont le centre était noir ; le rectum, très^rouge, était en¬ flammé dans sa partie interne. Les poumons , crépitans , contenaient du sang noir.

Bergius rapporte qu’un homme robuste mâcha une se¬ mence de ricin qu’il avala ensuite, et qui détermina une sensation mordicante dans l’arrière-bouche. La nuit fut assez calme ; mais le lendemain matin il eut des vomisse- mens abondans , et pendant toute la journée il fit alterna¬ tivement des efforts pour vomir et pour aller à la selle, sans rejeter cependant beaucoup de matières.

82g. Ces faits tendent à prouver que les graines de ricin déterminent une irritation locale , et qu’elles agissent sur le système nerveux après avoir été absorbées.

De l'Euphorbe ( euphorbia offieinarum ).

83o. Plante de la famille des tithymaloïdes de Jussieu , et de la dodécandrie trigynie de L. : elle est cependant mo¬ noïque.

Caractères du genre. Fleurs composées d’un calice (re¬ gardé par quelques botanistes comme un iuvolucre , et par d’autres comme une corolle) d’une seule pièce, en forme de cloche , persistant , à huit ou dix lobes , dont quatre à cinq intérieurs , droits , membraneux , quelquefois rapprochés par leur sommet , ovales pointus et d’une cou¬ leur herbacée \ les quatre ou cinq autres, appelés pétales par Linnæus, sont alternes avec les premiers, un peu co¬ lorés, étalés, charnus, ovales, ou en cœur, ou en crois¬ sant , ayant quelquefois des dents très-remarquables. Fleurs mâles : au nombre de huit ou quinze , ayant un périgone caché dans l’involucre , composé de lanières fines et laci-

S) E S POISONS ACRES.

5a

niées sur les côtés (regardées par Linnæus comme des filâ- mens stériles) ; elles n’ont chacune qu’une seule étamine, dont chaque filament est articulé dans le milieu. Fleur je- mette : solitaire au centre du calice, manquant quelque¬ fois; elle paraît dépourvue de périgone : ovaire supérieur arrondi , trigone , pédiculé , incliné ou pendant sur le côté de la fleur, surmonté de trois styles bifides , à stigmates obtus. Le fruit est une capsule arrondie, lisse, ou velue, ou verruqueuse à l’extérieur, portée sur un pivot courbé en dehors , et formée de trois coques.] ointes ensemble, ren¬ fermant chacune une semence obi onde. Les euphorbes sont tous lactescens.

JJ euphorbe officinal a la tige nue, à plusieurs angles, et les épines géminées. Il découle de sa tige un suc laiteux qui se dessèche en petits morceaux friables qui portent le nom à' euphorbe, et avec lequel nous avons fait les deux expériences suivantes.

JJ euphorbe est en larmes irrégulières, souvent perforé; sa couleur est roussâtre à l’extérieur et blanchâtre à l’in¬ térieur; il n’a point d’odeur; sa cassure et vitreuse : ré¬ duit en poudre , il irrite les narines , lors même qu’il est' à une grande distance.

Action de l’Euphorbe sur l’économie animale.

Expérience ire. A une heure on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un chien très-fort; on a introduit dans son estomac une demi -once d’euphorbe finement pulvé¬ risé, contenu dans un cornet de papier. Un quar t d’heure après , l’animal poussait des plaintes cruelles et faisait des efforts pour vomir. Le lendemain malin, à sept heures, il était abattu et continuait à souffrir. 11 est mort à trois heures de l’après-midi , sans avoir présenté d’autre phéno¬ mène remarquable qu’un grand état d’abattement et d’in¬ sensibilité.

DE i’eBPHOSBE. 53

Ouverture du cadavre. L’estomac était très-volumineux 5 il paraissait d’un rouge noirâtre à l’extérieur. En l’ouvrant on voyait qu’il contenait une très - grande quantité d’un fluide rouge , sanguinolent , mêlé de poudre d’euphorbe. Les trois membranes qui composent ce viscère, et surtout la membrane muqueuse, étaient noires, ou du moins d’un rouge excessivement foncé; le duodénum , le jéjunum, l’i¬ léon , peu altérés, étaient recouverts d une grande quan¬ tité d’un fluide brun qui se détachait facilement;' le co¬ lon , et principalement le rectum , étaient le siège d’une altération remarquable ; la membrane muqueuse qui fait partie du dernier de ces intestins , d’une couleur rouge de feu dans sa moitié inférieure , présentait trois bandes lon¬ gitudinales de deux lignes de diamètre, saillantes, d’un rouge noirâtre, et séparées par quelques petits ulcères; dans sa moitié supérieure elle était noire comme du char¬ bon , et offrait aussi quelques petits ulcères. Le colon, très-affecté , l’était cependant moins que le rectum. Les poumons ne paraissaient pas avoir été sensiblement al¬ térés.

Expétience 11e. A huit heures du matin , on a fait une plaie à la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille; on l’a saupoudrée avec 2 gros d’euphorbe finement pulvérisé , et on a réuni les lambeaux de la plaie par quel¬ ques points de suture. Le lendemain, l’animal était un peu abattu , ne poussait aucun cri plaintif, et conservait l’u¬ sage de ses sens et de ses mouvemens. Il est mort à onze heures et demie du soir L’estomac , le canal intestinal et les poumons étaient sains. Le membre opéré était très-en¬ flammé; la rougeur et l’infiltration sanguine s’étendaient depuis l’extrémité inférieure des os de la jambe jusqu’à la cinquième côte sternale. Il n’y avait point d’escarre.

Francis Dashwood dit ( Philosophical Transactions ? p. 662, anu. 1760) que madame Willis prit par rnégarde^

54 DES POISONS ACRES.

dix- huit jours après son accouchement, 2 onces de teinture d’euphorbe préparée avec 2 gros de camphre, 2 onces d’al¬ cool rectifié et 2 gros d’euphorbe. Immédiatement après , die éprouva une violente suffocation , une douleur cui¬ sante et intolérable dans l’estomac. M. Willis administra, quelques minutes après, une très -grande quantité d’eau tiède qui occasionna des vomissemens abondans. La ma¬ lade se plaignait cependant d’une chaleur brûlante à l’es¬ tomac : alors ou fit prendre alternativement de l’huile et de l’eau : les vomissemens continuèrent d’avoir lieu. Quel¬ que temps après, M. Dymock ordonna une once de vin d’ipécacuanha , qui procura des évacuations abondantes par haut et par bas; les matières des évacuations étaient huileuses et camphrées. Le lait et une potion opiacée ne lardèrent pas à rétablir le calme. Les phénomènes occa- donnés par cette potion doivent à-la-fois être attribués à l’euphorbe et au camphre. [Voyez article Camphre.)

Expérience 111e. A huit heures du matin, on a introduit dans l’estomac d’un chien très - fort et de moyenne taille 8 onces de suc provenant des feuilles fraîches de Yeuphor- hia lathyris (épurge), et on a lié l’oesophage. Trois quarts d’heures après 'l’animal a fait des efforts pour vomir, et il a\ait eu trois selles; il n’a éprouvé pendant- la journée que de l’abattement. Le lendemain, à six heures du matin, il continuait à faire des efforts de vomissement ; l’abattement avait augmenté, et l’animal se tenait couché sur le ventre sans chercher â se mouvoir : cependant il conservait la fa¬ culté de marcher librement. A onze heures il a commencé a agiter ses pattes d’une manière convulsive; il a expiré à midi. On l’a ouvert Je lendemain. Les poumons étaient li¬ vides, denses, gorgés de sang; le rectum présentait çà et des taches rougeâtres ; les autres portions du canal digestif étaient saines.

Sprœgel rapporte qu’il fit avaler à un chat 20 grains de

DE I.’ ETJ P H ORBE. 55

suc d’épurge mêlé à un peu de lait , qui occasionnèrent de vives secousses dans la tête , de la toux , des éternue- mens , des tremblemens et des convulsions dans tout le corps. L’animal ne tarda pas à être purgé , dès - lors la toux cessa, la respiration devint gênée et accompagnée de sifflement; il fit des efforts infructueux de vomisse¬ ment; il devint immobile , ses yeux étaient fermés. On lui donna du pain avec du lait et des racines ; il les vomit aussitôt, toussa de nouveau et finit par se rétablir. Le même auteur appliqua sur son visage du suc d’épurge qui excita des pustules semblables à celles de la fièvre ortiée.

On a vu ce poison, administré imprudemment comme purgatif, occasionner des vomissemens et des déjections alvines sanguinolentes. Appliqué sur les cheveux , les poils et les verrues , il les a fait tomber : ce qui prouve qu’il est excessivement âcre.

Expérience ive. A sept heures du matin, on â donné à un petit chien robuste 5 onces de suc frais Veuphorbia cyparissias : on a lié l’oesophage. L’animal a été plusieurs fois à la selle pendant la journée. Le lendemain il était abattu. Le jour suivant il l’était davantage, tout en con¬ servant le libre usage de ses sens et du mouvement. Il est mort dans la nuit. Le rectum offrait quelques taches légè¬ rement rougeâtres ; les autres organes paraissaient sains.

Vicat fait mention d’un homme qui eut le visage écor¬ ché pour s’être frotté avec le suc de cet euphorbe. La- motte parle d’un elystère préparé avec cette herbe qu’on avait prise en place de mercuriale, et dont l’effet fut mortel.

Il y a un très-grand nombre d’espèces d’euphorbe qui sont vénéneuses : telles sont Yeuphorbia antiquorum , Veuphorbia canariensis , YeUphorbia tirucalli , Yeuphor¬ bia peplus , Veuphorbia helioscopia , Yeuphorbia verru- casa, Yeuphorbia platiphyllos , Yeuphorbia palûstris *

DES POISONS ACRES.

Y mphorbia hiberna , Veuphorbia characias , Veuphorbia amygdaloides , Veuphorbia syluatica , Veuphorbia exi- güa 2 Veuphorbia mauritanica , Veuphorbia nerifoiia , Veuphorbia esula.

S copoli dit que cette dernière espèce a déterminé la mort chez une femme qui , une demi-heure auparavant , avait avalé 3o grains de sa racine. Dans d’autres circon¬ stances , le même auteur a vu la gangrène de l’abdomen et la mort suivre de près l’application imprudente de l’esule sur le bas-ventre. Il fait encore mention d’une personne qui , ayant les paupières fermées, permit qu’on les frottât avec le lait de cette herbe : l’inflammation ne tarda pas à se déclarer, et fut suivie de la perte de l’œil.

83 1 . Il résulte de ces faits ,

i°. Que l’euphorbe exerce une action locale très -in¬ tense, susceptible de déterminer une vive inflammation;

2°. Que ses effets meurtriers dépendent de l’irritation sympathique du système nerveux plutôt que de son absorp¬ tion ;

3°. Qu’il parait agir sur l’homme comme sur les chiens.

De la Sabine.

832. La sabine (juniperus sabina) , rangée par Jussieu dans les conifères, appartient à la dioecie monadelphi»

de L.

Fleurs males : disposées en petits chatons ovoïdes et sessiles , composées de trois rangées d’écailles verlicillées , au nombre de trois à chaque rangée. Ces chatons com¬ prennent environ dix fleurs ; savoir , neuf verlicillées trois à trois , et la dixième terminant le chaton. Les écailles sont peltées , larges } couchées, les unes sur les autres , et fixées à l’axe du chaton par des pédoncules très-courts : la fleur n’a point de .corolle ; mais on y voit

DE LA S AB I HE. 5j

de quatre à huit anthères presque sessiles et à une loge. Fleurs femelles : en chatons globuleux , formés de trois •écailles concaves , rapprochées 5 à la basé de chacune d’elles est un ovaire dont le stigmate est béant. Le fruit est une petite baie d’un bleu noirâtre, à-peu-près ronde, charnue ou succulente, formée parla réunion des écailles du chaton femelle , qui se sont épaissies et agglutinées; elle a à son sommet trois petites pointes ou éminences produites par les écailles supérieures de ce chaton , et elle renferme trois semences osseuses , oblongues , angu¬ laires sur un côté et concaves de l’autre : arbrisseau de six à dix pieds , dont l’écorce est rude et un peu rougeâtre , très-branchu ; feuilles très-petites , très-serrées les unes contre les autres , appliquées sur les rameaux, ce qui les fait paraître embriquées ; à pointe aiguë , érigées , opposées alternativement, décurrentes à leur base : celles de l’extré¬ mité des rameaux supérieurs sont un peu lâches ; elles ont toutes une odeur forte , pénétrante , et un goût amer , aromatique et résineux. Cet arbrisseau croît dans les pro¬ vinces méridionales et dans le Levant , etc.

Action des feuilles de Sabine sur V économie animale.

Expérience ire. On a introduit dans l’estomac d’un gros chien 6 gros de sabine en poudre, et on a lié l’oesophage. Au bout de cinq minutes il a poussé des cris plaintifs. Dix minutes après , les douleurs abdominales paraissaient très-vives, et l’animal s’efforçait de vomir. Il est mort dans la nuit, seize heures après l’ingestion de la substance vénéneuse. L’estomac contenait une assez grande quantité de sabine libre , qui conservait son odeur aromatique ; la membrane muqueuse , peu rouge , était cependant enflammée; on voyait près du pylore un petit ulcère. La face interne des intestins , tapissée d’une matière mucoso-

58 DES POISONS ACRES.

bilieuse , n’offrait point d’altération sensible , excepté

dans le rectum , l’on voyait quelques taches rougeâtres.

Expérience 11e. La même expérience a été répétée sur un petit chien, avec \ gros de sabine. L’animal est mort treize heures après l’opération , et on a trouvé l’intérieur de l’estomac d’un rouge vif; le rectum était aussi un peu enflammé.

Expérience me. A trois heures et demie on a pratiqué une incision à la partie interne de la cuisse d’un petit chien robuste; on a saupoudré la plaie avec 2 gros de poudre fine de sabine , et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Le lendemain , à midi , l’ani¬ mal ne présentait aucun symptôme remarquable ; il est cependant mort dans la nuit. Les poumons et l’estomac étaient sains ; le duodénum offrait, près du pylore , une tache circulaire noirâtre , d’environ une ligne d’épaisseur , f ormée par du sang extravasé ; la membrane muqueuse , qui faisait partie de ce cercle , était d’un rouge foncé dans toute sa texture. Il y avait dans la membrane muqueuse du rectum plusieurs taches d’un rouge obscur. Le membre opéré était infiltré et très-enflammé.

833. Il résulte de ces expériences,

i°. Que la sabine exerce une action locale assez éner¬ gique ;

20. Que ses effets dépendent principalement de son absorption et de son action sur le système nerveux, sur le rectum et sur l’estomac.

Du Rhus radicans et du Toxicodendron.

834- Le rhus radicans est une plante de la famille des térébintliacées de Jussieu, et que Linnæus a range'e dans la pentandrie digynie.

M. B ose , à qui nous devons de très-belles observations

BU RHUS RADICANS ET BIT TOXJCOUEHBROir.

stir cette plante , s’est assuré qu’elle n’est qu’une variété du rhus toxicodendron , dont elle ne diffère que par ses folioles , qui sont glabres et très-entières ; en sorte qu’on devrait les confondre sous la même dénomination de rhus toxicodendron. Voici la description que ce savant natura¬ liste a donnée de cette dernière.

« Racine ligneuse , traçante, rougeâtre, à fibrilles peu » nombreuses tige ligneuse , radicante , rameuse , sou- » vent flexueuse, cassante : l’écorce d’un gris brun : ra- » meaux alternes , en tout semblables à la lige ; les supé- rieurs seuls radicans 5 les inférieurs perpendiculaires à » la tige ; tous allongés , minces , rarement branchus , et » ne portant des feuilles et des fleurs qua leur extrémité, « sur la pousse de l’année. Les radicules radicantes, plus » ou moins nombreuses, naissent au-dessous de la plus « basse feuille, à l’extrémité des pousses de l’année pré- » eédente. Feuilles alternes, ternéês , naissant ordinai- » renient au nombre de quatre ou cinq sur la pousse de » l’année : le pétiole commun renflé à sa base , presque » cylindrique , plus ou moins velu, long de deux à trois T) pouces sur une ligne de diamètre : les folioles ovales , » lancéolées , acuminées , tantôt anguleuses , tantôt en- » tières , tantôt glabres , tantôt velues , mais toujours plus » en dedans , encore plus sur les nervures : les moyennes » longues de trois pouces sur deux de largeur : les infé- » rieures presque sessiles , partagées inégalement par la » grande nervure : la supérieure longuement pétiolée : les » angles , lorsqu’il y en a , toujours en petit nombre , » toujours obtus, et ne se montrant qu’à la moitié et plus » souvent aux deux tiërs de sa longueur. Fructification » dioïque , en épis axillaires : les épis composés à la » base , simples au sommet , en même nombre que les » feuilles : l’axe commun flexueux , un peu velu , long » d’environ un pouce : fleurs pédonculées , solitaires 5 les

6o UES POISONS ÂCRES.

» pédoncules alternes , perpendiculaires à l’axe , à peine ï> longs d’une ligne : calice à cinq feuilles , attaché à un » réceptacle charnu : les folioles presque ovales , glabres , » caduques , d’un vert blanchâtre , à peine longues d’une y> demi -ligne : corolles de cinq pétales attachés à un » réceptacle : pétales lancéolés , caducs , deux fois plus » longs que le calice, glabres, recourbés et repliés en » dehors , d’un vert blanc , quelquefois veiné de brun : » étamines au nombre de cinq , attachées au réceptacle , » moins longues que la corolle : filet aplati , plus large à « sa base, rouge : anthères jaunes, presque ovales, creu- » sées par un sillon longitudinal : pistile à germe ovale, v/ très-velu ; à style gros, court et glabre, à trois slig- » mates bruns, sessiles , dont l’un est toujours plus gros » que les autres : fruit à baie sèche , presque ronde , ve- » lue, sillonnée par sept à huit fossettes longitudinales, ». ne contenant qu’une seule semence. Cette plante est » dioïque. » ( Actes de la Société de Médecine de Bru- » xelles. ) Elle est extrêmement connue en Caroline.

Action du Bhus radicans sur V économie animale.

Expérience ire. On a fait avaler à un petit chien 3 gros de poudre sèche de rhus radicans: l’animal n’a rien éprouvé.

Expérience 11e. On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d’un petit chien 2 gros et demi d’extrait aqueux de rhus radicans. Trois jours après , l’animal n’avait offert aucun, phénomène remarquable.

Expérience m®. A sept heures du matin , une demi-once du même extrait a éjté appliquée sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse. A dix heures, l’animal n’avait rien éprouvé -, il en était de même à six heures du soir. Le lendemain, à dix heures du matin, il commençait à être

DU RHTJS RADICA.KS ET DU T0XI CODEX DROIT. 6t

tm peu abattu. A dix heures et demie du soir, il était insen¬ sible et immobile; la respiration ne s’exercait presque plus ; il lui était impossible de se tenir debout. Un quart-d’heure après , il a fait deux ou trois inspirations profondes , et il est mort. On l’a ouvert le lendemain. Le canal digestif était vide et n’offrait aucune lésion ; la blessure était légèrement enflammée , et le membre opéré présentait une infiltration séroso-sanguinolente.

Expérience rve. A huit heures du matin , on a introduit dans l’estomae d?un chien de moyenne taille une demi-once d’extrait aqueux de rhus radicans , et on a lié l’oesophage. Le lendemain , à dix heures du soir , l’animal n’avait pas encore paru incommodé. Le jour suivant, à sept heures du matin , il commençait à être abattu : cependant il conservait le libre usage des sens et du mouvement, et il ne poussait aucune plainte. A dix heures, il avait des vertiges très- forts , et il tombait lorsqu’on le faisait marcher; sa tête était lourde ; ses pupilles un peu dilatées ; il voyait et il enten¬ dait assez bien; la respiration était lente et peu gênée ; il n’y avait point de convulsions, et il ne poussait aucune plainte. A une heure, on l’a trouvé mort, et on en a fait l’ou¬ verture. Estomac contenant une assez grande quantité d’un fluide brunâtre et visqueux ; membrane muqueuse d’un rouge vif par plaques, évidemment enflammée; nulle alté¬ ration dans le canal intestinal; sang des cavités du coeur d’un rouge foncé et fluide ; poumons rouges , très -crépi tans, contenant un peu de sang.

Expérience ve. On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien très-fort un gros du même extrait dissous dans 3 gros d’eau. Une heure et demie après, l’animal avait vomi six fois des madères mucoso-bilieuses , et il avait eu une selle.1 Le lendemain , il se portait à merveille. 3o grains injectés dans la veine jugulaire d’un petit chien ont fourni des ré¬ sultats analogues.

62 DES POISONS ACRES.

Expérience vie. On a répété la même expérience sur un petit chien , avec un gros 6 grains dissous dans 2 gros et demi d’eau. L’animal a haleté beaucoup et paraissait suffo¬ qué. On l’a mis par terre , et il était tellement insensible qu’on l’a cru mort. Il a expiré une minute après , au milieu d’un tremblement assez marqué des muscles de tout le corps. On l’a ouvert sur-le-champ. Le sang contenu dans le coeur était fluide, et d’un rouge foncé dans le ventricule gauche 5 poumons dans l’état naturel.

OBSERVATIONS.

i°. Le célèbre Fontana rapporte qu’ayant touché , à trois reprises différentes et à plusieurs jours d’intervalle, des feuilles de toxicodendron , il éprouva des symptômes f⬠cheux : quatre ou sixjours après , les paupières , les extré¬ mités des oreilles , et en général toutes les parties du visage se tuméfièrent et paraissaient remplies d’un fluide aqueux. Les intervalles qui séparent les doigts de la main devinrent rouges et se couvrirent de petites vésicules pleines d’une humeur transparente 5 l’épiderme tomba par petites écailles, et il éprouva une cuisson terrible pendant quinze jours, et une démangeaison insupportable pendant quinze autres jours : le pouls était très-agité. MM. Gouan et Amoureux ont constaté ces mêmes effets vésicans sur la peau.

Le lait de ces feuilles ne produisit aucun phénomène, appliqué sur le tissu cellulaire dès lapins , des cochons d’Inde et des pigeons \ il en fut de même lorsqu’on le leur fit avaler (1).

20. M. Boullon , médecin d’Abbeville , s’inocula impuné¬ ment du suc de rhus toxicodendron. (Alibert, Matière médicale , t. 1 , p. 4^0 , 3e édit. )

(1) Traité sur le Venin de la Vipère, par Félix Fontana, tom. 11, p. 160. Florence, 1381.

B TJ MUS RADICANS ET DU TOXICODEHimOïï. 6.3

3°. M, Van-Mons , qui a fait un travail intéressant sur cette plante , pense que ses effets malfaisans sont dus à un gaz qu’elle exhale pendant la nuit , à l’ombre et dans un temps couvert, plutôt qu’à son suc laiteux. Ce gaz n’est autre chose, d’après lui., que de l’hydrogène carboné, te¬ nant en dissolution un miasme délétère hydro-carboné. Ses effets sur l’économie animale varient suivant la disposition des individus et les circonstances dans lesquelles ils sont placés : telle personne, par exemple, ne pourra pas passer à côté d’un toxicodendron sans en ressentir des effets plus ou moins désagréables; telle autre , au contraire, pourra le manier impunément. M. Van-Mons , après avoir recueilli une certaine quantité de ce gaz sous un cylindre couvert d’un étui de carton noir , engagea son frère , qui était très- sensible aux effluves du rhus , à y plonger la main. Dans le même instant l’immersion eut lieu , celui-ci éprouva une cuisson brûlante, suivie d’une inflammation, de la dureté de la partie et de l’enflure. La même expérience , répétée avec le gaz recueilli en plein midi , et dans un vase exposé au soleil, fut sans effet, (.dictes delà Société de Médecine de Bruxelles. )

835. Les divers faits que nous venons de rapporter ten¬ dent à prouver ,

i°. Que la partie la plus active du rhus radicans ou toxi¬ codendron est celle qui se dégage à l’état de gaz lorsqu’il ne reçoit pas les rayons directs du soleil ;

2°. Qu’elle agit comme les poisons âcres ;

3°. Que l’extrait aqueux, administré à l’intérieur ou ap* pliqué sur le tissu cellulaire , détermine une irritation lo¬ cale, suivie d’une inflammation plus ou moins intense , et qu’il exerce une action stupéfiante sur le système nerveux: après avoir été absorbé.

4°. Qu’il paraît agir de la même manière lorsqu’il a été injecté dans la veine jugulaire.

DES POISONS AC H ES.

64

836. Le rhus verni reproduit des effets analogues à ceux qui viennent d’être exposés.

De V Anémone puis atille (Anemone pulsatilla, Teigne- œuf^ Coquelourde , Herbe-au-vent ).

837. Cette plante appartient à la famille des renoncula- eées de Jussieu , et à la polyandrie polygynie de L.

Involucre caulinaire , profondément découpé en lanières velues ou étroites , placées à deux centimètres au-dessous de la fleur : corolle de cinq à neuf pétales oblongs , droits , relevés , et un peu plus velus en dehors : un grand nombre d’étamines plus courtes que la corolle : capsules nombreu¬ ses, ramassées en tête , surmontées d’une queue plumeuse : tige sans feuilles (hampe), haute de deux pieds, cylin¬ drique, velue, portant à son sommet une fleur violette assez grande: feuilles radicales pétiolées, allongées, bipin- nées , velues et blanchâtres dans leur jeunesse, presque glabres dans un âge avancé , et à découpures fines et poin¬ tues. On la trouve sur les collines sèches et découvertes.

Action de l'Anémone pulsatille sur l'économie animale.

Expérience iïe. A une heure , on a fait une plaie à la partie interne de la cuisse d’un fort chien 5 on a appliqué sur le tissu cellulairè 2 gros et demi d’extrait aqueux d’ané¬ mone pulsatille , et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Le lendemain, à huit heures du matin , l’animal n’avait rien éprouvé de remarquable. Le soir, il était faible , peu sensible , et se tenait couché sur le côté \ cependant il n!avait point de vertiges et il ne se plaignait pas. Il est mort le jour suivant , à cinq heures du matin. La membrane muqueuse de l’estomac était généralement rouge 5 elle offrait ç,à et des points d’un rouge très-vif j

. feE l’anÈMONE PBLSATilii &§■

ï'è rectum était un peu rouge-, il n’y avait point d’altération, sensible dans les poumons ; le membre opéré était très- enflammé.

Expérience iïe. A huit heures du matin , on a recom¬ mencé l’expérience ayec Un chien de moyenne taille, et on n’â 'employé qu’un- gros d’extrait -, six heures après , l’ani¬ mal ne paraissait -point malade. Le lendemain , à neuf heures matin , il a bu une assez grande quantité d’eau qu’il a rejetée aussitôt après ; il était abattu, mais il pouvait marcher. A onze heures , il était couché sur le côté et im* mobile 5 ses inspirations étaient rares et profondes. A Une heure , il continuait à faire des efforts pour vomir 5 ses ex¬ trémités postérieures étaient tellement faibles qu’il lui était impossible- «de détenir debout. Il est mort à quatre heures* On n’a pas pu découvrir la moindre altération cadavérique dans le Canal digestif. La plaie était très-enflammée.

Expérience- in'h A huit heures du matin , on a introduit dans l’estomac d’un chien d’une grande taille 5 onces et demie de sue de feuilles fraîches d’anémone pulsatilîe ( ce suc contenait 3 onces d’eau que l’on avait été, obligé d’em¬ ployer pour en faire l’extraction ) : on a lié l’oesophage. A neuf heures , l’animal a commencé à se plaindre ; il a fait des efforts pour vomir , et il â eU une selle assez abondante* Une heure après, les efforts de vomissement et les plaintes continuaient comme auparavant. A, une heure , il avait eu, deux autres selles , et il était dans un état fâcheux: couché sur le côté , insensible et presque sans mouvement , il pou¬ vait être pincé et agité en tous sens sans donner le moindre signe de connaissance; les organes de la vision et de l’ouïe n’étaient plus impressionnables ; les membres, dans un grand état de relâchement , n’étaient le siège d’aticun mom vement convulsif; la respiration , accélérée , s’exerçait d’une manière pénible. On a essayé en vain de le relever ; il est retombé sur-le-champ comme une masse inerte. Ces sym-* n. 5

66 B ÉS TOISONS ACRES.

ptômes ont augmenté d’intensité, et l’animal est mort âr deux heures. On l’a ouvert dans le même instant. Le cœur s’est contracté pendant dix minutes; alors on l’a incisé : le sang contenu dans les ventricules était noirâtre et fluide. Les poumons offraient plus de densité que dans l’état natu¬ rel ; ils étaient peu crépitans , et s’enfoncaient un peu dans l’eau , surtout lorsqu’on soumettait à cette épreuve les tran¬ ches les plus denses. L’estomac , distendu par une assez grande quantité d’alimens , renfermait un fluide visqueux, verdâtre ; la membrane muqueuse qui entre dans sa com¬ position présentait une couleur rouge-cerise dans le tiers le plus voisin du pylore; dans le reste de son étendue, elle était d’un rouge plus foncé , et parsemée de plaques sail¬ lantes, presque noires, dans lesquelles on découvrait faci¬ lement du sang veineux extravasé ; la membrane muscu¬ leuse soujacente paraissait peu altérée ; le rectum , en¬ flammé , recouvert de taches rouges , contenait des excré- mens verdâtres; le reste du canal intestinal était comme dans l’état naturel.

Expérience vie. Nous avons souvent administré à des chiens depuis 4 jusqu’à 6 gros de poudre sèche d’anémone pulsatille : ces animaux n’ont paru éprouver aucune in¬ commodité.

OBSERVATIONS.

i°. Helwing dit que le sirop de pulsatille a donné lieu à des accidens funestes.

2°. Bulliard rapporte qu’un vieillard atteint depuis long¬ temps d’un rhumatisme goutteux, appliqua sur son mollet la racine de cette plante broyée entre deux pierres, et se coucha après avoir bu une bonne bouteille de vin. Il fut en proie à des souffrances cruelles pendant dix à douze heurts , et toute la jambe fut gangrenée. On fit des scarifica¬ tions et on appliqua des compresses d’eau-de-Yie camphrée:

DE L’ANÉMONE PtTLSÂTILLE. 6j

©es moyens arrêtèrent les progrès du mal , et l’individu fut entièrement guéri de son rhumatisme. (Histoire des Plantes vénéneuses de la France , pag. ^9.)

3°. M. P., pharmacien, éprouva une grande déman¬ geaison aux yeux , des coliques et des vomissemens pour avoir pilé de l’anémone pulsatille desséchée : les dëlayans firent cesser tous les accidens.

838. Nous croyons pouvoir conclure de tout ce qui pré¬ cède,./

i°. Que l’anémone pulsatille détermine une inflamma¬ tion intense de parties avec lesquelles elle est en contact ;

2°. Qu’elle est absorbée et portée dans le torrent de la circulation;

3°. Qu’elle paraît agir en stupéfiant le système |iérvéux ;

4°. Qu’elle exerce probablement aussi une action irri¬ tante sur les poumons et sur l’estomac ;

5°. Que ses propriétés délétères résident dans toutes les parties de la plante fraîche;

6°. Enfin que ses effets sont beaucoup moindres , et de¬ viennent même nuis lorsqu’elle a été desséchée.

Plusieurs autres espèces de ce genre sont vénéneuses.

i°. Vicat a vu l’extrait à'anemone pratensis déterminer, à la dose de 2 gros, des rongemens dans l’estomac. Ber- , gius rapporte, dans sa Matière médicale, pag. 49°; quun enfant eut les paupières rouges et tuméfiées avec obscur¬ cissement de la vue , pour avoir été exposé à la vapeur qui se dégageait lorsqu’on évaporait le suc de cette plante pour le transformer en extrait.

20. La décoction d "‘anemone sylvestns, d’après Bulliard, a occasionné des convulsions horribles qui ont mis le ma¬ lade dans le plus grand danger, et qui n’ont cédé qu’à une forte dissolution de miel. (

3°. Les animaux qui brouttent les jeunes pousses de l 'anémone nemorosa (des bpis) éprouvent de la faiblesse

68 î)ës i>orsoJfS acres» .

dans les jambes, lin tremblement, des déjections sàngüf* nolentes, et périssent en pen de jours. Les habitatts du Kamtschatka se servent de cette plante pour empoisonner leurs flèches , dont les blessures sont presque toujours mor¬ telles.

4°. Il est probable que les anémones palmata, nards - siflora et ranonculoïdes sont également vénéneuses.

De V Aconit,

83g. Caractères du genre . L’aconit, rangé par Linné dans la polyandrie polygynie, et par Jussieu dans lés re- noneulacées , offre Un calice à cinq folioles, dont la supé¬ rieure est concave et ressemble à un Casque : les pétales sont nombreux, très - petits, en forme d’écailles : les deux su¬ périeurs, appelés nectaires par Linné, sont allongés, ca¬ chés sous le casque, munis d’un long onglet, coudés à l’ex¬ trémité, de sorte que leur limbe est réfléchi et a la forme d’une lèvre, et que leur extrémité est épaisse, obtuse, en forme de crosse : les capsules sont plus souvent au nom¬ bre de trois , oblongues, droites, pointues.

Aconitum napellus (napel). Tige droite, simple, ferme, feuillée, haute de six décimètres, se terminant par un épi un peu dense ,: dont les fleurs sont d’un bleu violet, assez grandes, serrées , solitaires sur leur pédoncule : feuilles pé- tiolées, palmées,. muhifides , à découpures linéaires, d’un vert noirâtre, luisantes : pédicelles pubescens : le casque des fleurs est convexe et d’une longueur double de sa hau¬ teur : les deux pétales cachés sous le casqüe ont la sommité obtuse, tendant très-légèrement à se rouler en dehors. Il croît dans les lieux couverts et humides des montagnes. Toutes les parties de l’aconit à l’état frais, mâchées, dé¬ terminent un sentiment d’ardeur et des douleurs dans la- bouche et dans le gosier.

lu E l’â COKIT.

%

Action de l'Aconit napel sur F économie animale*

Expérience ire. A midi , on a fait avaler à un petit chiera robuste 3 gros d’extrait aqueux d’aconit acheté chez un- pharmacien -, un quart d’heure après , l’animal était un peu assoupi , fermait les yeux, baissait la tête, puis tout-à-coup se dressait et faisait un mouvement analogue à celui qu'exé¬ cutent les personnes qui se réveillent après s’être endor-» mies debout ou sur une chaise. Pendant cette secousse il était menacé d’une chute sur le derrière; les hattemens du cœur étaient réguliers et un peu accélérés. Le lendemain il éprouvait quelques vertiges. Il est mort le jour suivant. Lecerveaun’offrait aucune altération. Les poumons, denses, brunâtres, étaient gorgés de sang et moins crépitans que dans l’état naturel. Le canal digestif était sain.

Expérience 11e. On a introduit dans l’estomac d’un petit chien une demi-once d’extrait aqueux d’aconit acheté chez un autre pharmacien et dissous dans une once d’eau : on a lié l’œsophage. Quatre jours après, l’animal ne paraissait pas encore sous l’influence du poison. Il est mort le sixième jour sans avoir, offert d’autre symptôme que l'abattement inséparable de l’opération. L’ouverture du cadavre n’a fait voir aucune altération dans les organes intérieurs.

Expérience me. On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d’un petit carlin assez fort un gros du même ex¬ trait. Le lendemain , l’animal était assoupi, marchait assez bien, mais paraissait peu porté au mouvement; les batte- mens du cœur étaient accélérés ; il a refusé les ali ne ns; il n’a y ait ni vertiges ni convulsions. Il a expiré dans la nuit du jour suivant. Les poumons étaient un peu gorgés de sang, moins crépitans qu’ils ne le sont ordinairement; le Cerveau et l’estomac n’offraient aucune altération.

Expérience iye. A midi, on a répété la même expérience

ro des poisons Acres.

avec 2 gros du même poison que l’on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un petit carlin. Une demi- lieure après , l’animal n’avait éprouvé aucun symptôme remarquable; il en était de même à six heures du soir. Le lendemain, à une heure, il était dans un grand état d’in¬ sensibilité : couché sur le côté , on pouvait l’agiter en tous sens comme une masse inerte; il ne pouvait plus se sou¬ tenir; les pattes antérieures étaient un peu écartées, et il les allongeait de temps en temps comme s’il eût voulu les roidir; mais ce mouvement était lent et faible; les pu¬ pilles n’étaient que peu dilatées ; les organes des sens jouissaient presque de toutes leurs facultés, et l’animal ne poussait aucune plainte; la respiration et la circulation s’exercaient avec lenteur. Il est mort dans la nuit : on l’a ouvert le jour suivant. Le membre opéré était livide à l’ex¬ térieur; en incisant la peau on voyait une inflammation très-étendue et une infiltration séroso - sanguinolente ; il y avait aussi plusieurs taches formées par du sang noir extra¬ vasé. L’estomac était sain; le rectum offrait quelques ta¬ ches rougeâtres ; il n’y avait point d’altération dans le reste du canal intestinal. Les poumons , d’une couleur rouge assez foncée, contenaient un peti de sang noir et étaient assez crépitans.

Expérience ve. On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien 36 grains du même extrait dissous dans une demi-once d’eau. L’animal a uriné sur-le-champ ; il a eu de légers vertiges, et il a fait des efforts infructueux pour vomir; les vertiges ont été en augmentant, au point que , cinq minutes après l’injection , il est tombé sur les pattes postérieures , plus faibles que les antérieures. On l’a re¬ levé; il était assoupi, et fléchissait de temps en temps ses extrémités postérieures. Six minutes après il a eu une selle. Le lendemain , il a mangé et ne paraissait pas très-malade. Le jour suivant, les vertiges se sont manifestés de nou-

DE l’à CO Kl T. -'JT.

veau; il s’est couché sur le côté, était peu sensible, et i! a expiré au bout de vingt-six heures. On n’a trouvé aucune lésion remarquable après la mort.

Expérience vie. On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien robuste 36 grains du même extrait dis¬ sous dans 2 gros d’eau. L’animal a poussé des cris sur-le- champ ; peu de temps après il a été profondément assou¬ pi ; les organes des sens sont devenus insensibles ; il n’a pas eu de convulsions. Quatre minutes après, il a' fait un dernier effort pour respirer , et il est mort. On l’a ouvert dans le même instant. Le cœur se contractait avec assez de force ; le sang contenu dans le ventricule gauche était fluide et d’un rouge vif ; celui que renfermait la cavité droite était coagulé et noirâtre. Les poumons étaient ro¬ ses et crépitans.

Expérience y 11e. On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d’un petit chien un gros 6 grains d’extrait alcooli¬ que d’aconit : . l’animal est mort trente heures après , et il avait éprouvé des vertiges. L’ouverture du cadavre n’a éclairé en aucune manière sur la cause de la mort.

Expérience vme. On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien 18 grains d’extrait alcoolique d’aconit suspendus dans un gros et demi d’eau. Au bout de cinq minutes , l’animal était assoupi ; un quart d’heure après, sa marche était chancelante. Le lendemain il était abattu et refusait les alimens. 11 est mort le sixième jour. Les or¬ ganes intérieurs ne paraissaient pas altérés.

84©. Ces expériences ont été faites avec l’extrait d’aconit qui se vend dans quelques pharmacies , et que l’on prépare le plus souvent en faisant une forte décoction de la plante , et en évaporant le produit à une température assez élevée. Il était aisé de prévoir que l’extrait ainsi préparé ne devait pas être aussi actif que celui qui aurait été obtenu en exprimant le suc de la plante fraîche et en l’évaporant au

SES POISONS ACRES.

bain-marie : en effet, il existe un certain nombre de substances végétales qui se volatilisent à la température de l’eau bouillante ; d’autres sont décomposées; et il n’est pas douteux que la couleur noire de la majeure partie des extraits que l’on trouve dans le commerce ne dé¬ pende de la décomposition d’un ou de plusieurs des principes qui faisaient partie du végétal. Ces considéra¬ tions nous ont engagé à entreprendre de nouvelles expé¬ riences dans le dessein de comparer les propriétés délétères de ces deux espèces d’extrait d’aconit. Nous avons étendu ees recherches aux principales préparations de ce genre employées en médecine, et nous pouvons affirmer, que certains extraits préparés en exprimant les sucs des plantes fraîches , et en les évaporant au bain-marie , sont in¬ comparablement plus actifs que ceux que Ton obtient par tout autre procédé ; 20 qu'ils sont d'une couleur jaunâtre qui contraste singulièrement avec la couleur noire de ceux que Ton trouve dans le commerce , ce qui dépend sans doute de la décomposition que ceux-ci éprouvent par le calorique ; que les extraits de ces plantes que Ton < vend dans les pharmacies diffèrent beaucoup entre eux sous le rapport de leur action sur l'économie animale ; qu'il en est un très -grand nombre qui ne jouissent çT au¬ cune vertu : ce qui nous semble devoir fixer particuliè¬ rement l'attention de MM. les Professeurs chargés de ‘visiter les pharmacies.

On sentira facilement l’exactitude de ces’ conclusions . en comparant attentivement les expériences précédentes avec celles dont nous allons rendre compte , qui ont été faites , avec de l’extrait d’aconit préparé avec le plus ‘grand soin (i).

(i) M. Richard, professeur de chimie, et pharmacien à l’hôpitai de la Charité, a bien voulu se charger de préparer

Expérience ixe. A huit heures du matin, on a appliqué sur le tissu, cellulaire de la cuisse d’un petit chien très- robuste , un gros et demi d’extrait aqueux d’aconit. A huit heures et un quart, l’animal était agité, parcourait rapidement le laboratoire., et poussait des cris plaintifs. A huit heures trente-cinq minutes, sa marche était chan¬ celante; il était en proie à des vertiges très- intenses , et conservait la faculté de voir et d’entendre : l’agitation ^ avait été en augmentant. Quelques instans après , il s’est couché sur de la paille qu’il a remuée de temps en temps pour se creuser ym gîte. A neuf heures un quart, il a vomi une assez grande quantité de matières alimentaires: les autres symptômes avaient acquis plus d’intensité.. A neuf heures et demie, nouveau vomissement; l’animal, qui s’était relevé quelques minutes auparavant , est tombé sur le côté, dans un grand état de roideur , et il a fortement allongé les extrémités postérieures. Deux minutes après, il s’est redressé de nouveau, a fait quelques pas en va¬ cillant, et a poussé des cris plaintifs ; sa physionomie portait l’empreinte de la souffrance. Il est mort à dix heures trois quarts, et il n’a offert aucun signe de. para¬ lysie dans les extrémités postérieures.

Examen cadavérique à onze heurés et un quart. Le membre opéré était à peine enflammé; le canal digestif n’offrait aucune altération; le coeur était flasque et con¬ tenait du sang noir et épais ; les poumons , d’un rose ti¬ rant sur le rouge , étaient crépi tans.

Expérience xe. A neuf heures moins tin quart , on a introduit dans l’estomac d’un petit chien assez robustè a gros io grains du même extrait dissous dans une once d’eau, et on a lié l’œsophage. Vingt minutes après, l’animal

et de nous fournir les extraits dont nous parlons : nous lui en témoigagns toute notre reconnaissance.

74 » ES POISONS ACRES.

a fait des efforts pour vomir; ses extrémités postérieures commençaient à faiblir , et il était dans un état d’agita¬ tion marquée ; il conservait le libre usage des sens et du mouvement ; sa démarche était néanmoins un peu chan¬ celante. A neuf heures vingt minutes, il était couché sur 'le côté, se plaignait et offrait des mouvemens convulsifs dans la tête : ou l’a mis sur ses pattes et on a voulu le faire marcher; il a fait quelques pas en vacillant et s’est couché de nouveau ; ses extrémités postérieures étaient en¬ tièrement paralysées , et il paraissait souffrir beaucoup. À neuf heures trois quarts , l’agitation était extrême ; l’animal poussait des cris aigus , marchait de droite à gauche en traî¬ nant les pattes de derrière, et retombait après avoir par¬ couru le laboratoire en différens sens ; les contractions convulsives des muscles de la tête imprimaient à cette partie des mouvemens brusques, comparables aux secousses qu’occasionne le fluide électrique accumulé sur les gre- " nouilles ; les organes de l’ouïe et de la vision paraissaient exercer librement leurs fonctions. Ces symptômes otit acquis un nouveau degré d’intensité, et l’animal est mort à onze heures moins un quart. On l’a ouvert une demi-heure après. La membrane muqueuse de l’estomac et du duodénum était légèrement enflammée; le rectum n’offrait aucune altération. Les poumons étaient crépi- tans. Les ventricules du cœur contenaient une très- grande quantité de sang coagulé et très -noir.

Expérience xie. TVepfer fît prendre à un loup deux morceaux viande contenant environ 2 gros de racine d’aconit napel. Huit minutes s’étaient à peine écoulées que l’animal vomit un des morceaux avec des mucosités visqueuses et écumeuses ; il souffrait du bas -ventre et vernit de nouveau. Voyant, peu de temps après , qu’il se portait assez bien , on lui donna ^ dans du petit-lait , 2 gros de la même racine divisée; il ne tarda pas à vomir plu-

B ï L’ACONIT.

sieurs fois , et il contractait souvent l’abdomen. Une demi-heure après j il agita ses pattes de devant' avec force , creusa une fosse sur le sol , et se coucha sur le côté. On. le fît lever et marcher ; il recommença à creuser; il of¬ frait un tremblement général , mais n’avait point de ver¬ tiges ni de convulsions. Il se coucha de nouveau sur le côté et fît des efforts pour vomir; sa bouche se remplit d’écume. On incisa l’abdomen , et il expira deux heurés après l’ingestion du premier bol , sans donner le moindre signe de douleur. L’estomac se contractait; lés intestins, animés de leur mouvement péristaltique , se resserrèrent , sans qu’il y eut excrétion de matières fécales. L’intériéur du canal digestif était enflammé dans plusieurs points; on y voyait plusieurs vers vivans ; l’oreillette et le ven¬ tricule droits contenaient un peu de sang écumeux et beaucoup de grumeaux; le ventricule gauche ne renfer¬ mait qu’un de ces grumeaux à sa partie supérieure (ou¬ vrage cité , pag. 178. )

Expérience xne. Bonet donna à un chien âge de trois semaines un demi-gros de racine fraîche d’ aconit napel bien divisée. L’animal mourut deux heures après. Lés symptômes qu’il éprouva furent des vomîssemëns , des mouvemens convulsifs de tout le corps et de la faiblesse dans les extrémités postérieures ; l’estomac n’était pas en¬ flammé; le sang était fluide , et la vessie contenait beau¬ coup d’urine. ( Sepulchretum Boneti , p. 4^)3 , t. iïi. Lug- duni , 1700.)

Expérience xiif®, A huit heures du matin, on a intro¬ duit dans l’estomac d’un chién robuste et de moyenne taille 5 gros de racine fraîche d’aconit napel contuse, et on a lié l’oesophage. Cinq minutes après, l’animàl a commencé à faire de violens efforts pour vomir ; il s’est plaint ; il a rapidement parcouru le laboratoire avec un air égaré , et il était évidemment agité. A huit heures onze

DES POISONS ACRES*

minutes * il éprouvait de légers vertiges, et il n’avaîg presque pas cessé de se plaindre et de faire des efforts de vomissement ; il poussait des cris , et commençait à ne plus pouvoir se tenir sur les pattes postérieures. Trois mi¬ nutes après , il a fait une chute pendant qu’il cherchait à marcher; on l’a relevé, mais il n’a pas tardé à retomber;, les battemeus du cœur étaient inégaux, tantôt forts, lan- lôt faibles; les pupilles dilatées; il n’y avait aucun mou¬ vement convulsif, et l’animal conservait le libre usage des sens. À six heures dix-sept minutes , le pouls offrait cent cinquante pulsations par minute ; il était régulier et fort ; l’animal était immobile et presque insensible. A huit heures vingt-une minutes , il a tout-à-coup renversé la tête sur le dos , et ses pattes étaient roides et écartées : cet état a duré deux minutes : alors il a expiré. On l’a ou¬ vert sur-le-champ. Le coeur ne se contractait plus , même après l’irritation occasionnée par l’incision du péricarde; il était très-distendu , et contenait du sang vérmeil et fluide dans les cavités aortiques : le ventricule droit était rempli de sang noir également fluide. Les poumons paraissaient sains. L’estomac renfermait presque toute la racine in¬ gérée; sa tunique interne était à peine rouge.

Expérience xive. A sept heures du matin , on a intro¬ duit dans l’estomac d’un carlin robuste et de moyenne, taille 2 onces de suc de feuilles fraîches d 'aconit napeî , auxquelles on avait ajouté une quantité égale d’eau ; on a lié l’oesophage. Peu de temps après, l’animai a paru agité., A dix heures, il n’éprouvait pas de phénomène sensible./ A sept heures du soir, il avait fait souvent des efforts pour vomir; il était un peu assoupi, et les extrémités posté¬ rieures commençaient à faiblir : cependant il conservait l’usage des sens et la libre faculté de se mouvoir; sa res-», piration était profonde. Le lendemain matin , à six heu¬ res, on l’a trouvé mort. L’estoniac était rempli d’un fluide

iîe l'a co Ni ï. JJ

Noirâtre, comme bilieux-, il n’y avait aucune trace d’in- Hâmmation dans le canal digestif. Le cœur était rempli de sang noir coagulé. Les poumons, peu crépitans , of¬ fraient plusieurs plaques livides, denses et gorgées de sang.

Expérience x:Ve. M. Brodie injecta dans le rectum d’un chat une once de suc de feuilles d'aconit. Trois minutes après , l’animal rejeta presque la' totalité du fluide , et resta tranquille pendant six minutes : alors il vomit et essaya de marcher 5 mais i! chancelait comme s’il eut été ivre. Treize minutes après' Tinjectiou, il était couché sUr le côté, immobile, excepté qu’il offrait de temps en temps de légers moUvemens convulsifs dans les membres. Ta respiration devint lente et pénible , et il paraissait mort quarante-sept minutes après ^expérience. Peu d’instans avant d’expirer , le cœur donnait cent pulsations régulières par minute.

Expérience xvie. Le même physiologiste' appliqua sur le tissu cellulaire du côté d’un jeune lapin environ 20 gout¬ tes de suc de feuilles d’aconit. Au bout de vingt-trois mi-s- nutes, les mèmès symptômes se déclarèrent , et l’animai mourut quarante-sept minutes après l’application de la substance délétère. ( Philosophical Transactions , année ï 8 1 1- , p. 1 , pag. ¥85 et 198. )

Si l’on mâche ( dit M. Brodie) une petite quantité la feuille d’aconit , on éprouve un sentiment d’engour¬ dissement dans les lèvres et les gencives qui ne diminue ■qu’après deux ou trois heures.

observations.

i°. John Cfumpler mange, à huit heures du soir, de la Salade dans laquelle on avait ajouté, par mégarde, une certaine quantité d'aconit napel. Il éprouve sur-le-champ

jS , DES POISONS À C K.E Si

une chaleur brûlante à la langue et aux gencives , et une grande irritation dans les joues. Il croit que le sang ne circule plus dans ses membres; cependant il n’a aucune envie de vomir. S’apercevant que les accidens augmen¬ tent , il boit environ une pinte d’huile et une grande quantité de thé,.. ce' qui 'le fait vomir. Les symptômes, loin de disparaître, s’aggravent. A dix heures, Vincent Bacon , chirurgien anglais , est appelé , et il trouve le malade couché dans son lit, les yeux et les dents fixes , les mains et les pieds froids, son corps généralement recou¬ vert d’une sueur froide, le pouls à peine sensible , et la respiration tellement courte qu’il est très -difficile de l’apercevoir. Il lui fait avaler deux cuillerées d’esprit de corne de cerf qui le font tousser et vomir ; puis il lui ad¬ ministre Yinfusum de carduus benedictus jusqu’à ce qu’il ait obtenu plusieurs vomissemens. Le malade ne tarde pas à aller à la garde-robe, et il vomit de nouveau. Le pouls se relève un peu ; mais il est intermittent et très -irrégu¬ lier. On lui fait prendre une potion à'aq. epidem. ihernu androm. conf. alkerme, avec quelques gouttes de s al volatile et tinctura croc. Le lendemain matin, il était beaucoup mieux , et la guérison ne tarda pas à être com¬ plète (i).

2°. La racine d’aconit napel fut administrée à quatre brigands. Deux d’entre eux, après avoir éprouvé des dou¬ leurs violentes,, furent sauvés par des moyens appropriés ; les deux autres périrent; et il y en eut un qui, quelques heures après l’administration de cette racine , devint im- bécille; la face se couvrit d’une sueur froide; l’asphyxie, les spasmes, les défaillances se déclarèrent ; il eut des déjections alvines involontaires ; il vomit des matières

(i) P hilo sophic al Transactions , vol. xxxvm, pag. 287, année 1734, obsei’Y. ni.

DE l’aconit. rg

bilieuses et livides ; sou corps se tuméfia, et il mourut; apoplectique (i). ;;

3°. Willis rapporte qu’un homme mourut maniaque, et en très-peu de temps, pour avoir mangé de la salade dans laquelle il entrait des feuilles fraîches d’aconit napel. (De Anima Brutorum , p. 289.)

4°. On a vu le suc d’aconit , introduit dans une petite blessure: .faite au pouce , provoquer des douleurs dans le doigt et dans le bras, la eardialgie , l’anxiété avec crainte de suffocation , la lipothymie, l’agitation , enfin la gaa^ grène et une abondante suppuration (2).

H résulte des .faits. que nous venons d’exposer, ,

i°. Que le .sue des feuilles d’aconit introduit dans l’es¬ tomac , dans le rectum , pu injecté dans le tissu cellu-; laire des chiens , détermine des accidens graves suivis d’une mort prompte 5

2°. Qu’il en est de même- de la racine de cette plante , dont les effets paraissent encore plus marqués que ceux du suc des feuilles ;

3°. Que l’extrait aqueux d’aconit préparé en exprimant le suc de la plante fraîche , jouit à-peu-près des mêmes propriétés vénéneuses, que le suc , tandis qu’il est incom¬ parablement moins actif lorsqu’il a été obtenu par dé¬ coction ;

4°. Que l’extrait résineux est plus énergique que l’ex¬ trait aqueux ;

5°. Que ces diverses préparations sont absorbées , trans¬ portées dans le torrent de la circulation; qu’elles agis¬ sent spécialement sur le système nerveux , et particuliè-

(x) Mathiolus, in Dioscorid. , ed. C. Bcmch., pag. 768.

(2) àlberti , Jurisprudentiel medica , tom. VI, pag. 7 a4 i obsery. de Rodder,

Bo DES POISONS A C E ES.

rement sur le cerveau , elles déterminent Une espèce d’aliénation mentale ;

6°. Qu’ elles . exercent en outre une irritation locale capable de développer une inflammation plus ou moins intense ;

j°. Qu’elles paraissent agir sur l’homme comme sur les chiens.

L 'aconitum cammarum , cape de moine , est doué d’une saveur plus âcre que le précédent , et jouit pro-' priétés vénéneuses très -énergiques.

i°. Mathiole rapporte quun criminel condamné à mort mangea de la racine de Cétté planté. ‘Il éproùva une saveur de poivre un peu fort , et au 'bout de deux heures il fut saisi de vertiges et commotions de cer¬ veau tellement violentes qu’il croyait avoir la tête pleine d’eau bouillante ; il se déclara une enflure générale de tout le corps \ le visage devint lipide ; les yeux étaient hors des orbites $ enfin- le malheureux mourut au milieu des convulsions les plus horribles.

2°. On trouve dans le Sepulchrétum de Bonet, et dans les Mémoires de l’Académie de Suède des faits analogues au précédent. Autrefois on empoisonnait les flèches avec le suc de cette plante.

L 'aconitum. anthora paraît aussi être vénéneux. Hojf~ mann dit qu’il bouleverse l'estomac ; et: détermine une chaleur brûlante accompagnée de soif et d’angoisse autour du coeur. Solier , Lobel et Prévôt ont vu cette racine dé¬ terminer des vomissemens et des déjections alvines. Com¬ ment peut- il donc se faire que des auteurs anciens aient annoncé que cette racine était l'antidote des autres espèces’ d’aconit ?

L’ aconitum lyqoclonum ( tue-loup). La racine de cette plante, mêlée avec de la salade, occasionna beaucoup de malaise à plusieurs convives. D’autres personnes éprou-

DE LA CHÉLIDOIKE. 8l

vèrent des vertiges , de l’ardeur et de l’enflure dans la langue pour avoir mâché des fleurs de cette espèce d’a¬ conit (Bauhihus , 1. c. , p. 653).

De la Chélidoine.

84a- La ckélidoine ( chelidonium majus) appartient à la polyandrie monogvnie de L- , et à la famille des papavé- racées de Jussieu.

Caractères. Calice caduc, à deux folioles ovales , con¬ caves : corolle de quatre pétales presque ronds , ouverts , et d’un jaune doré 5 les étamines sont nombreuses , avec des filets dégagés les uns des autres et égaux en longueur. Le fruit est une silique cylindrique, simple , biloculaire , noueuse, renfermant plusieurs graines. Ses tiges sont cy¬ lindriques , rameuses et légèrement velues ; ses feuilles sont ailées, grandes, molles, incisées, d’un vert tendre en dessus et d’une couleur glauque en dessous : des ais¬ selles de ces feuilles il sort des pédoncules nus et en om¬ belle qui portent quatre, cinq , jüsqu’à neuf fleurs , dont chacune a son pédoncule et sa stipule. La racine est d’un brun rougeâtre lorsqu’elle est récente , et noire quand elle est desséchée. Quelle que soit la partie de la chéli- doine à laquelle on fasse une incision, il s?en écoule un suc jaunâtre, amer, caustique , d’une odeur désagréable , dont on se sert pour détruire les verrues et les cors des pieds. Elle croît par-tout, dans les haies, les fentes des vieux murs et les masures , surtout à l’ombre.

Action de la Chélidoine sur T économie animale.

Expérience ire. On a introduit dans l’estomac d’un petit chien faible 3 gros d’extrait aqueux de chélidoine , et on a lié l’oesophage. Au bout de six minutes 4 l’animal a fait xi. 6

Ba DES POléONS A CR. ES.

des efforts violens pour vomir. Quatre heures après , il était couché sur le côté 5 il faisait des inspirations profondes ; la sensibilité et la mobilité étaient tellement diminuées que les organes de l’ouïe et de la vue n’étaient plus im¬ pressionnables , et qu’il lui était impossible de se tenir debout. Il est mort peu de temps après. L’estomac conte¬ nait une petite quantité d’un fluide excessivement vis¬ queux et brunâtre; la membrane muqueuse était d’un rouge vif dans toute son étendue , et d’un rouge noirâtre dans ses replis ; le canal intestinal n’était pas altéré ; les poumons , d’une couleur rougeâtre , étaient crépitans et ne paraissaient pas affectés.

Expérience 11e. A trois heures , on a pratiqué une inci¬ sion à la partie interne de la cuisse d’un petit chien , et on a appliqué sur la plaie un gros et demi d’extrait aqueux de chélidoine dissous dans une petite quantité d’eau. A cinq heures , l’animal n’éprouvait aucun phénomène re¬ marquable. Le lendemain j à neuf heures du matin , on l’a trouvé mort. Le canal digestif n’offrait aucune lésion sensible; la plaie était .enflammée , et les poumons un peu livides.

Expérience 111e. A sept heures du matin , on a répété l’expérience avec 2 gros du même extrait sur un chien de moyenne taille. A quatre heures , l’animal n’avait éprouvé aucun phénomène remarquable. A dix heures du soir, il était peu sensible, se tenait couché sur le côté, et ne pouvait plus exercer aucun mouvement. Il est mort dans la nuit. Le canal digestif n’offrait point d’altération; les poumons étaient livides , gorgés de sang et peu crépi¬ tans ; le membre opéré était tuméfié , infiltré et très- enflammé.

Expérience ive. On a introduit dans l’estomac d’un chien de moyenne taille 4 Onces de suc de chélidoine préparé avec les feuilles : on a lié l'œsophage. L’animal a

DE LA CBÉLIDOIB K. 83

fait des efforts pour vomir, s’est plaint , et est devenu in¬ sensible. Il est mort dix heures après. La membrane muqueuse de l’estomac était enflammée -, les poumons offraient çà et des plaques livides , un peu gorgées de sang.

843. Il résulte des faits qui précèdent ,

i°. Que la chélidoine et son extrait déterminent des accidens graves suivis de la mort;

20. Que leurs effets délétères paraissent dépendre de l’irritation locale qu’ils exercent , autant que de leur ab¬ sorption et de leur action sur le système nerveux;

3°. Qu’elle paraît aussi agir sur les poumons.

De la Staphysaigre.

844- La staphysaigre ( delphinium staphysagria ) ap¬ partient à la polyandrie tri gy nie de L., et à la famille des renon cuiacées de Jussieu.

Semence triangulaire et même quadranguîaire , cour¬ bée , chagrinée , de couleur brunâtre : teste cassant, mince , d'une saveur âcre et amère : amande blanche , fade : albu¬ men corné : embryon droit supérieur ; radicule inférieure.

Action de la Staphysaigre sur T économie animale.

Expérience iTe. On a introduit dans l’estomac d’un petit chien robuste une once de staphysaigre réduite en poudre fine , et on a lié l’œsophage. Deux jours après , l’animal était abattu et n’avait éprouvé ni vertiges ni con¬ vulsions. Il est mort cinquante - quatre heures après l’o¬ pération. La membrane muqueuse de l’estomac offrait une couleur rouge cramoisie dans le tiers de son étendue voisin du pylore; les autres portions étaient un peu moins rouges; il n’y avait aucune altération sensible dans les autres organes.

DES POISOMS ACRES.

H

Un autre animal soumis à la même expérience a fourni des résultats analogues, excepté qu’il est mort au bout de quatorze heures.

Hillefeld, a fait prendre à des chiens Yinfusum de sta¬ physaigre : ces animaux sont morts après avoir eu des vomissemens, des déjections involontaires , un tremble¬ ment général et une grande faiblesse.

Expérience 11e. Ori a saupoudré une plaie faite à la partie interne de la cuisse d’un chien avec a gros de celle même poudre , et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. L’animal n’avait offert aucun symptôme remarquable soixante-douze heures après l’opération. Il est mort dans la nuit du troisième jour. Les poumons et le canal digestif étaient sains; le membre opéré ren¬ fermait à la surface de la plaie une assez grande quantité de la poudre employée ; il offrait une couleur verdâtre ; l’in¬ flammation peu intense , s’était terminée par suppuration.

Expérience me. On a répété la même expérience , à sept heures du soir , avec 2 gros de staphysaigre légère¬ ment humectée. Le lendemain, l’animal était un peu abattu. Le jour suivant, à six heures du matin , il éprou¬ vait des vertiges tels qu’il ne pouvait pas marcher sans tomber ; il ne poussait aucun cri plaintif, et conservait le libre usage des sens. Il est mort à midi. Le canal di¬ gestif n’offrait aucune altération; les poumons étaient rougeâtres, plus denses que dans l’état naturel; le mem¬ bre opéré était gonflé, infiltré et très-enflammé ; l’in¬ flammation s’étendait jusqu’à la quatrième côte sternale. Il n’y avait point d’escarre.

845. Ces faits nous portent à croire,

i°. Que la staphysaigre n’est pas absorbée, et que ses propriétés délétères dépendent de l’irritation locale qu’elle détermine , et de la lésion sympathique du système ner¬ veux ;

BE LA STAPH YSAIGEE.

85'

2*. Que c’est la partie soluble dans l’eau qui est la plus active : aussi les effets locaux sont -ils plus intenses lorsqu’on l’humecte avant de l’appliquer sur le tissu cellu¬ laire (i).

Du Narcisse des prés.

846. Le narcisse des prés ( narcissus pseudonarcissus ) appartient à l’hexandrie monogynie de L. , et à la famille des narcisses de Jussieu.

Caractères. Calice coloré en jaune pâle, de six pièces égales, que plusieurs botanistes appellent corolle : nectaire campanule, d’un jaune plus foncé, de la longueur des pé¬ tales, plissé en haut, crénelé, divisé en six parties au som¬ met , et renfermant six étamines : scape comprimée , de huit à dix pouces, indivise, entourant toujours la base de la fleur, qui est grande, terminale et penchée : feuilles au nombre de deux ou trois, planes , obtuses, moins longues que la tige, un peu glauques. Cette plante se trouve dans les bois et les prés.

(1) Nous omettons souvent de faire connaître l’état du cer¬ veau chez les animaux qui ont succombé après avoir pris une substance vénéneuse quelconque j nous avons eependant exa¬ miné cet organe dans presque toutes les ouvertures cadavériques que nous avons faites ’7 mais il nous à rarement présenté des lé^* sions notables. Combien de fois n’avons-nous pas vu des ani¬ maux périr à la suite d’une lésion directe du système nerveux, sans que l’on ait pu découvrir, après la mort, le moindre chan¬ gement dans la couleur, la structure et la consistance de l’en¬ céphale ! Ce fait qui, d’ailleurs, se trouve d’accord avec ce que l’on observe chez une multitude de malades qui succombent à des affections nerveuses , nous dispense de parler de cet organe ,, à moins qu’il ne soit le siège d’une lésion évidente.

86

B E S POISONS A C R ES*

Action du Narcisse des prés sur V économie animale .

Expérience ire. A neuf heures et demie, on a intro¬ duit dans l’estomac à’un jeune chien de moyenne taille 4 gros d’extrait aqueux de narcisse des prés, et on a lié l’œsophage. Au bout d’une heure, l’animal a fait des efforts -pour vomir. A midi, il a eu une selle dans laquelle il y avait une a$sez grande quantité de matières solides. Qua¬ rante minutes après , il a fait de nouveau des efforts de vo¬ missement. A huit heures du soir, il était un peu agité, il poussait des cris plaintifs, et ii éprouvait quelques légers vertiges ; sa respiration n’était point gênée. Il est mort dans la nuit. Le lobe gauche des poumons offrait, vers son bord inférieur , une tache violette, contenant du sang vei¬ neux, et large comme un écu de six livres; les autres por¬ tions de ce viscère étaient saines (i). L’estomac contenait une petite quantité d’un fluide muqueux brunâtre, que l’on pouvait facilement détacher; la membrane muqueuse pré¬ sentait plusieurs taches irrégulières et assez étendues, d’une . , couleur rouge -cerise, sans ulcération apparente; le duo¬ dénum était un peu enflammé; la membrane muqueuse qui tapisse les parties les plus inférieures du rectum était un peu rouge. Les ventricules du cerveau ne contenaient point de sérosité; les vaisseaux veineux qui rampent à la surface externe de cet organe étaient gorgés de sang noir.

Expérience 11e. A deux heures, on a appliqué un gros d’extrait aqueux de narcisse des prés sur une plaie faite à la partie interne de la cuisse d’un petit chien. L’animal est mort dans la nuit sans qu’on ait pu l’observer. La

(i) Ces taches doivent être considérées souvent comme des ecchymoses développées dans l’organe pulmonaire, à la suite d’un effort violent qui peu t avoir déterminé la rupture de quel- ques petits vaisseaux.

DU NARCISSE DES ?RÊS. 8 j

membrane muqueuse de l’estomac était remplie de petites tâches d’uue couleur rouge-cerise ; la plaie n'était pas très- enflammée; les autres organes n’offraient pas d’altération marquée.

Expérience me. A neuf heures du matin , on a pratiqué à la partie interne de la cuisse d’un petit chien un gros et demi du même extrait, et on a réuni les lambeaux de la piaie par quelques points de suture. A quatre heures , l’a¬ nimal n’avait éprouvé aucun symptôme remarquable. Il est mort dans la nuit. Les poumons contenaient un peu de sang noir; la membrane muqueuse de l’estomac et celle du rec¬ tum offraient des zones d’un rouge vif; le membre, peu enflammé, était cependant le siège d’une infiltration san¬ guine assez marquée.

Expérience rve. A onze heures du soir, on a répété la même expérience, avec 48 grains du même poison, sur un chien robuste et de moyenne taille. L’animal a vomi au bout de trois quarts d’heure. Le surlendemain il se portait assez bien et s’est échappé.

Expérience ve. Désirant connaître quels étaient les sym¬ ptômes développés par l’extrait de narcisse des prés appli¬ qué à l’extérieur, on a recommencé, à minuit, l’expérience sur un chien fort, et l’on a employé un gros d’extrait. L’a¬ nimal a vomi six fois pendant la nuit; il a poussé quel¬ ques cris plaintifs, A cinq heures du matin, il était cou¬ ché sur le côté , dans un état de grande insensibilité ; ses membres, flasques, n’étaient le siège d’aucun mouvement convulsif; la respiration était profonde et un peu gênée. Il est mort une heure après. La plaie était peu enflammée. La membrane muqueuse de l’estomac offrait quelques stries rougeâtres ; le canal intestinal n’était le siège d’aucune al¬ tération. Les poumons étaient grisâtres à l’extérieur, rou¬ geâtres à l’intérieur, et contenaient un fluide séreux assez abondant. Le coeur était rempli de sang coagulé.

88

DES POISONS ACRES.

847. Il résulte des expériences précédentes,

i°. Que l’extrait du narcisse des prés détermine une irri¬ tation locale peu intense,-

20. Qu’il ne tarde pas à être absorbé et à développer des symptômes graves suivis d’une mort prompte;

3°. Qu’il est émétique;

4°. Qu’il paraît agir sur le système nerveux en détrui¬ sant la sensibilité , et sur la membrane muqueuse de l’es¬ tomac; que son action est plus énergique lorsqu’on l’ap¬ plique sur le tissu cellulaire.

De T OEnanthe crocata.

848. Cette plante appartient à la famille des ombelli- fères de Jussieu, et à la pentandrie digynie de L.

Caractères. Ombelle grande, ayant quelquefois vingt- cinq, trente rayons évasés, longs : ombellule à fleurs pres¬ que sessiles : involucre à cinq-six folioles un peu allongées : involucelles à six-huit fleurs blanches : calice à cinq dents fines, persistantes : corolle à cinq pétales courbés en coeur, plus grands au bord de la circonférence ( radiés ). Fruit oblong, strié, surmonté par les dents du calice et les styles : racines à tubérosités sessiles : tige de deux pieds, grosse, striée, dressée, rameuse, glabre, d’un vert sale, pleine d’un sue jaune : feuilles bipinnées , à folioles cunéiformes , incisées , trifides , glabres , semblables à celles du persil. Cette plante se trouve dans les fossés et dans les marais.

OBSERVATIONS.

i°. Le 10 avril 1677 , un bourgeois de La Haye mangea, avec un de ses amis , des racines d cenanthe. Peu après ils sentirent l’un et l’autre un grand feu au gosier et à l’esto¬ mac, qui fut suivi d’aliénation d’esprit, de vertige, de car-

de l’oenanthe CROCATA. $9

dialgie, d’envie de dormir et de flux de ventre. L’un eut des convulsions violentes, l’autre saigna du nez; celui qui en avait mangé le plus mourut au bout de deux heures , l’autre au bout de trois (i).

à0. Trois prisonniers français se promenant à Pembroke, cueillirent et mangèrent par mégarde une petite quantité d’œnanthe avec du pain et du beurre. L’un d’eux ne tarda pas à éprouver des convulsions violentes : on le saigna , et il mourut peu de temps après. Les deux autres dînèrent et furent aussitôt attaqués de convulsions : l’un périt, l’autre fut guéri par la saignée et par un vomitif qu’il eut la plus grande peine à avaler ; Plusieurs camarades qui avaient aussi mangé de cette plante furent émédsés et rétablis : aucun d’eux n’éprouva de symptômes comateux (2).

3°. TFatson rapporte qu’un homme avala par mégarde une cuillerée pleine de suc d 'œiîanthe crocata préparé avec une seule racine. Environ une heure et demie après,, il éprouva des convulsions et un spasme tels dans les muscles de la mâchoire , qu’il était impossible de séparer l’os maxillaire inférieur du supérieur. Il mourut trois heures et demie après l’ingestion de la substance vénéneuse. (Philosophical Transactions , a further àccount, pag. 856, ann. 1768.)

4°. Allen, dans un ouvrage intitulé Synopsis Medicinœ, fait mention de l’empoisonnement de quatre individus par cette plante.

5°. M. Charles fut appelé pour soigner toute une famille qui avait mangé des racines d’œnanthe. Des bpuffées de eha- Jeur âcre se portant à la tête, une ardeur mordicante à la région épigastrique , et de petites taches rosacées , de figure

(1) Vandertviel, Observalionum pariorum , etc. , tom. 1, pag. 182. Leidœ , 172 7.

(2) Transactions philosophiques. Londres, année 1746» pag. 227 ; Extract of M. Howells Letter.

90 DES poisohs-Acb.es.

irrégulière , s’élargissant successivement , tels étaient les phénomènes produits par le poison. Ces taches, qui n’ex¬ cédaient pas le niveau de la peau, s’étaient manifestées d’a¬ bord à la face, puis sur la poitrine et sur les bras ; le père seul avait l’abdomen tendu comme un ballon. O11 admi¬ nistra les mucilagineux, le lait et les huileux (i).

6°. « Le i5 messidor an xo, on apporta à l’hospice prin¬ cipal de la marine à Brest, les cadavres de trois soldats de la 82e demi-brigade. Ces malheureux Belges , trompés par la ressemblance de la racine de Vœnanthe crocata avec une dont ils usent dans leurs pays , en mangèrent en grande quantité. Sa saveur douceâtre flattait leur palais et con¬ tribua à les maintenir dans leur erreur. Ils ne tardèrent pas à éprouver un malaise général , des nausées , des vertiges et des vomissemens. Les convulsions les plus violentes se succédèrent avec tant de rapidité qu’ils succombèrent en moins d’une heure et avant tout secours.

» Autopsie cadavérique. Rien de particulier à l’habitude du corps. Un des cadavres fut conservé pendant quatre jours , et , à cette époque , on ne remarquait aucun signe de putréfaction ; le cerveau et ses membranes étaient sains , les poumons distendus, leurs vaisseaux pleins d’un sang noir et dissous. Dans les: bronches , la trachée-arl ère et la bouche , se trouvait un liquide mousseux et blanchâtre. Les poumons d’un des cadavres présentaient à leur surface externe quelques pétéchies ; les cavités des deux systèmes circulatoires vides, le coeur sain; l’estomac resserré et phlogosé à son cul-de-sac et à sa petite courbure, ses parois épaissies; la membrane muqueuse d’un brun foncé et bai¬ gnée, d’une quantité considérable de mucus; les intestins ballonnés et leurs vaisseaux injectés; les systèmes à sang rouge et à sang noir gorgés d’un fluide de même nature ,

(i)Anâales cliniques de Montpellier, n°. i3{.

l'OENAHTHE CROCATA. 91

dissous et noirâtre :.les désordres étaient absolument les mêmes ehs z les trois individus (1)..

11 est parfaitement constaté que la plante dont nous venons de faire l’histoire est Yœnanthe ciçutce jade de Lobel ( Voj. Lobel’s Advetsaria , publié en 1 5 7 a), et Wepfer s’est trompé en la confondant avec la ciguë , comme il l’a fait dans son ouvrage, pag. i5 : Historia Cicutæ aquaticce.

849. Ces observations prouvent que Yœnanthe crocata exerce une irritation locale énergique , et quelle agit fortement sur le système nerveux.

Vacher rapporte que dix-sept soldats mangèrent de la racine d’ œnanthe jistulosa : trois d’entre eux périrent ; les autres furent sauvés par l’émétique ( Act. helvet. , vol. iv.)

On lit dans le Journal de Médecine , t. x. ann. iy58, que trente-six militaires furent empoisonnés par la même racine : l’un d’eux mourut; les autres furent rétablis par les émétiques.

De la Gratiole.

850. La gratiole ( gratiola officinalis ) appartient à la famille des scrophulaires , et à la dyandrie monogynie.

Caractères. Calice à cinq divisions égales , muni de deux bractées à sa base; corolle monopétale, tubuleuse, d’un blanc jaunâtre , irrégulière , ayant son limbe partagé en quatre découpures, la supérieure échancrée, les trois autres égales: deux étamines fertiles , deux filaniens stériles, et le: rudiment d’un cinquième dans le fond de la corolle : ovaire supérieur conique, chargé d’un style en alêne , stigmate de deux lames. Le fruit est une capsule ovoïde , pointue , biloculaire , bivalve , contenant des semences petites et nombreuses : tige haute de trois décimètres,

(ï) Du val, Dissertation inaugurale déjà citée, t. i. p, 23,

DES POISONS ACHES.

9*

droite , cylindrique , garnie de feuilles dans toute sa lon¬ gueur , et ordinairement simple : feuilles opposées , sessi- les, ovales , lancéolées, dentées vers leur sommet, lisses, glabres, et marquées de trois nervures longitudinales: fleurs axillaires , solitaires , pédonculées. On la trouve dans les marais , sur le bord des étangs , dans les lieux humides des bois.

Action de la Gratiole sur V économie animale.

Expérience ire. A dix heures un quart , on a introduit dans l’estomac d’un petit chien robuste 3 gros et demi d’extrait aqueux de gratiole , et on a lié l’œsophage. A huit heures du soir , l’animal n’avait offert aucun phéno¬ mène remarquable;. Le lendemain , à dix heures du ma¬ tin , il poussait des cris plaintifs ; il était couché sur le côté, et il a expiré une heure après: sa respiration n’a¬ vait pas été gênée. La membrane muqueuse de l'estomac offrait, dans toute son étendue , une couleur rouge- cerise ; elle était noire par-tout elle forme les plis que l’on remarque dans l’intérieur de ce viscère il était aisé de se convaincre que cette dernière altération tenait à une certaine quantité de sang noir extravasé dans l’inter¬ valle qui la sépare de tunique musculeuse soujacente : celle-ci était presque dans l’état naturel; l’intérieur du rectum était évidemment enflammé ; tout le reste du canal digestif était un peu rouge. Les poumons ne paraissaient pas affectés. Il n’y avait point de sérosité dans les ventri¬ cules du cerveau ; les vaisseaux cérébraux veineux exté¬ rieurs étaient gorgés de sang noir ; la pie-mère était in¬ jectée et d’un rouge vermeil.

Expérience 11e. On a répété cette expérience avec 3 gros de la même substance vénéneuse. L’animal est mort douze heures après, dans la 'nuit. La membrane mu-

DE LA GEATIOLÏ. $3

queuse de l’estomac était d’un rouge vif dans presque toute son étendue; les intestins et les poumons ne parais'- saient pas altérés.

Expérience me. A midi , on a pratiqué une incision à la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille ; on a appliqué sur la plaie 3 gros d’extrait aqueux de gratiole, et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Une demi-heure après , l’animal n’avait rien éprouvé; il en était de même à six heures du soir. lendemain , à une heure , on l’a trouvé mort. Le cadavre était encore chaud ; la blessure était assez enflammée. Le membre sur lequel on avait opéré offrait, dans toute son étendue , une infiltration séroso-sanguinolente. L’estomac n’était que très-légèrement rouge , et contenait des alimens. Il n’y avait aucune altération dans le canal intestinal. Les poumons paraissaient sains.

Expérience ive. On a répété la même expérience à dix heures et demie soir. Le lendemain matin , à six heu¬ res, l’animal ne paraissait éprouver encore aucune in¬ commodité. A dix heures , il a vomi , et il cherchait à mordre lorsqu’on le secouait. A une heure, il se tenait couché sur le côté , dans un léger état d’abattement. Lors¬ qu’on le mettait sur ses pattes , il ne changeait pas de position : cependant il conservait le libre usage des sens et du mouvement; il ne poussait aucune plainte. A trois heures et demie, il était expirant : couché sur le côté, il ne pouvait plus se mouvoir; on le déplaçait sans qu’il opposât la moindre résistance : cependant il conservait un peu de sensibilité , car il poussait alors de petits cris et roidissait un peu les pattes ; il voyait à peine, en sorte qu’il fallait approcher les objets de très-près pour qu’il cherchât à en éloigner la tête ; sa respiration était très- lente; on ne pouvait plus sentir. les battemens du coeur; il n’y avait aucun mouvement convulsif. Dix minute^

DES POISONS ACRES.

94

après , il expira. On l’ouvrit sur-le-champ. Le cœur ne battait que très-faiblement, et il cessa de se mouvoir une minute après. Le sang était fluide et d’un rouge assez vif dans les cavités aortiques 5 les poumons dans l’état naturel 5 l’estomac sain et vide; le rectum offrait çà et quelques taches rougeâtres. La plaie était très-enflam¬ mée , sans escarre ; le membre opéré et tout le côté du corps qui y correspondait étaient infiltrés.

Expérience ve. On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien robuste et de moyenne taille 20 grains du même extrait dissous dans 5 gros d’eau distillée. Au bout de six minutes, l’animal a commencé à faire des efforts pour vomir, qu’il a renouvelés souvent pendant un quart d’heure. Vingt-huit minutes après l’injection, il a eu deux selles; le lendemain, il ne paraissait pas malade.

Expérience vie. On injecta dans la veine jugulaire d’un autre chien robuste et de moyenne taille 28 grains de la même substance vénéneuse dissoute dans 4 gros d’eau. Une heure après, l’animal eut une selle; il éprouva quelques vertiges , devint comme insensible , se coucha , et expira deux heures après l’injection. Il fut impossible de découvrir la moindre trace d’altération dans les tissus qui composent le canal digestif.

Buchner , Blair , Boerhaave , etc. , ont vu plusieurs fois des accidens graves développés par cétte plante.

OBSERVATIONS.

i°. Une jeune personne de dix-neuf' ans , scrophuleuse, prenait chaque jour , depuis plusieurs mois , avec un succès marqué , une poudre composée d’un demi-gr«s de feuilles de gratiole et de 2 grains de celle de digitale pourprée. Les accidens allaient en diminuant, lorsqu’on proposa à la malade d’ajouter à ces remèdes des lave-

DE LA GRATIOLE. g5

mens faits avec la décoction d’une forte poignée de gra- tiole. Le premier lavement fît rendre une grande quantité de glaires épaisses , condensées et très-larges 5 le second produisit, de plus, des démangeaisons insupportables aux parties 5 le troisième fît rendre des matières semblables à des ratissures de boyaux , et augmenta surtout le pru¬ rit ; on n’en continua pas moins , et on donna le jour suivant un quatrième lavement qui occasionna de vives tranchées et des évacuations abondantes , suivies de palpi¬ tations , et enfin de la plus hideuse nymphomanie , avec tout le délire qui accompagne ce misérable état. Le calme ne fut ramené qu’après trois semaines de saignées, de bains,, de boissons abondantes , enfin d’un régime doux et rafraîchissant, secondé par l’application d’un vésica¬ toire au-dessus de chaque genou , et dont l’effet était soutenu par des corrections et des menaces continuelles» Cette jeune personne , revenue à elle-même , conserva un tel chagrin ce qu’elle avait éprouvé , que, trois mois après, elle se jeta dans un puits et y perdit la vie.

20. Une jeune femme éprouva de semblables acci- dens pour avoir pris ainsi , durant trois jours , un lave¬ ment de décoction de gratioîe ordonnée par un herboriste , dans la vue de guérir de prétendues obstructions. L’inten¬ sité dés symptômes obligea de renfermer la malade à Charenton , d’où elle ne sortit bien guérie qu’au bout de deux mois.

3°. Une troisième dame, affectée depuis plusieurs mois d’une fièvre quotidienne, ayant aussi pris, par le conseil d’un herboriste , deux lavemens avec la décoction d’une forte poignée de gratioîe , fut effectivement guérie de la fièvre ; mais elle tomba dans un état permanent de ny phomanie qui , après l’avoir rendue un objet de haine pour son mari , l’a réduit à se séparer d’elle.

4°. Une demoiselle de vingt-quatre ans était depuis long'-

gS DES POISOMS ACRES.

temps affectée d’une pesanteur fort incommode à la région des reins. On l’assura qu’elle guérirait avec la décoction d’une forte poignée de gratiole prise en lavement , et qu’un seul lavement suffirait si elle pouvait le garder seu¬ lement un quart d’heure. Elle parvint à le garder une demi-heure, après quoi elle eut des évacuations abon¬ dantes , des vomissemens , une syncope, et, enfin, tous les accidens et les excès de la nymphomanie , qui obli¬ gèrent, le quatrième jour, d’enfermer la malade. Elle fut néanmoins assez promptement guérie ; mais la pesan¬ teur des reins reparut avec la même violence qu’aupara- vant.

M. le docteur Bouvier, rapporteur de ces faits, remar¬ que que les femmes qui ont fait le sujet de ses observa¬ tions avaient les veines grosses, le pouls fort, des mens¬ trues chaudes, souvent propres à excorier les parties natu¬ relles , une disposition habituelle aux flueurs blanches , aux affections hystériques et à la constipation ; qu’elles avaient la peau lisse, garnie de poils très-noirs. (Gazette de santé du ier août 1816.)

5°. Une femme de cinquante-huit ans , affectée de dar¬ tres depuis la cessation de ses évacuations périodiques, prit, par le conseil d’un herboriste, des lavemens avec une forte décoction d’un mélange de feuilles sèches de gratiole et d'asarum ou cabaret : les accidens , qui , depuis le premier lavement , avaient toujours été en augmentant, furent à leur comble au quatrième; à la fureur utérine se joignit une constriction spasmodique du gosier , avec hydrophobie et convulsions générales. Ces symptômes persistèrent avec une égale intensité pendant deux jours, et la malade mourut malgré l’emploi de tous les caïmans et des narcotiques qu’on put mettre en usage. {Ibidem.)

85i. Nous croyons pouvoir conclure des faits qui pré¬ cèdent j

DU J À T K O P H À CUKCAS.

97

ï°. Que l’extrait de gratiole détermine une irritation locale très-vive 5

20. Qu’il ne paraît pas être absorbé , et que ses effets dépendent de la lésion sympathique du système nerveux;

3°. Qu’il est beaucoup plus actif lorsqu’on l’injecte dans les véines.

, Du Jatrophd curcas ( pignon d’Inde ).

852, Cette plante appartient à la famille des tithyma- loxdes de J. , et à la monœcie monadelphie de L.

Caractères du fruit. Il est ovale , d’abord vert , puis jaune, enfin noirâtre , à-peu-près de la forme et de la gros¬ seur d’une jeune, noix, et renfermé sous une écorce épaisse, coriace, ridée, glabre; trois coques blanchâtres', bival¬ ves , monospermes. Les semences sont ovales , oblongues , convexes en dehors , obscurément anguleuses du côté in¬ terne, presque cylindriques et entourées de deux tuniques- propres dont l’extérieure est crustacée, fragile et noirâtre. La seule pression de l’amande entre les doigts en fait exsuder une matière huileuse. Cette plante croît dans les parties chaudes de l’Amérique.

Action du JatropTia curcas sur T économie animale .

Expérience ire. À huit heures du matin , on a introduit dans l’estomac d’un carlin robuste et de moyenne taille 3 gros de cette semence privée de l’enveloppe ligneuse et réduite en pâte : on a lié l’oesophage. A neuf heures moins un quart, l’animal a commencé à faire des efforts pour vomir. A neuf heures , il a poussé quelques cris plaintifs. A dix heures , il ne poùvait plus marcher ; il se tenait couché sur le côté , dans un état de grande insensibilité. Il est mort une heure après. On la ouvert / “• 7

q8 Dfes POISONS ACRES.

à deux heures. Tout le canal digestif était rouge à l'exté¬ rieur ; la membrane muqueuse de l’estomac était d’ua rouge cerise foncé dans toute son étendue ; l’intérieur du rectum était dun rouge de feu. Les poumons étaient cré- pitans et d’une couleur rougeâtre. Les ventricules du coe.ur contenaient du sang noir fluide.

Expérience 11e. A huit heures du matin , on a répété cette expérience avec un gros de la même pâte. L’ani¬ mal n’a éprouvé , dans la journée, que des envies de vo¬ mir. A dix heures du soir, il était insensible , ne pouvait plus se tenir debout , et faisait des inspirations profondes. Il est mort dans la nuit. Le canal digestif était très-en¬ flammé à l’intérieur et à l’extérieur ; les tuniques qui composent les gros intestins offraient , dans toute leur épaisseur , une couleur qui paraissait noire ; en les isolant les unes des autres , on voyait que cette couleur était d’un rouge excessivement foncé 5 il n’y avait point d’escarre. Les poumons présentaient plusieurs plaques livides , denses et gorgées de sang.

Expérience 111e. Un autre animal , qui avait pris un gros et demi de la même pâte , est mort au bout de dix heures , et on a observé les mêmes symptômes et les mêmes phé¬ nomènes cadavériques.

Expérience ive. A huit heures du matin , on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un carlin un gros de la même pâte , mêlé avec 2 gros d’eau. L’animal n’a éprouvé aucun phénomène sensible clans , la journée. lendemain, à midi , il était couché sur le côté; sa respi¬ ration était difficile et profonde ; on l’a mis sur ses pattes , et il est tombé comme une masse inerte ; ses membres , loin d’offrir de la roideur , étaient très-relâchés ; les or¬ ganes des sens n’exerçaient plus leurs fonctions. Il est mort deux heures après. Le canal digestif était sain. Les poumons offraient des plaques livides ^ denses , gorgées

DE LA SCILLE.

, 9.9

de sang; le membre opéré était très-epflammé ; la rongeur s’étendait jusqu’à la cinquième côte sternale. Il n’y avait point d’escarre.

853. Il résulte de ces faits

i°. Que la semence du jatropha curcas jouit de proprié¬ tés vénéneuses très-énergiques ;

2°. Qu’elle7 ne paraît pas être absorbée ; et que ses effets meurtriers dépendent de l’inflammation intense qu’elle déve¬ loppe, et de son action sympathique sur le système nerveux.

3°. Qu’elle agit plus fortement lorsqu’on l’introduit dans l’estomac , que . dans le cas elle est appliquée sur le tissu cellulaire.

La racine fraîche ou le suc du jatropha manihot déter¬ mine l’enflure du corps , des nausées, des vomissemens, des douleurs d’estomac , des évacuations , le ténesme , des vertiges , des douleurs de tête , l’obscurcissement de la vue, le froid des extrémités , des défaillances , l’aboli¬ tion des forces vitales, et la mort. (Piso, Hist. Nat. , 1. in , c. 17.)

Des phénomènes analogues sont produits par les se¬ mences du jatropha multifida.

De la S cille (seilla maritima).

854- La scilîe appartient à la famille des liliacées de J. , et à l’hexandrie monogynie de L.

Caractères de l'oignon de scille. Gros bulbe composé de plusieurs tuniques épaisses , charnues , blanches ou rougeâtres selon les variétés , souvent de la grosseur d’une tête d’enfant, glabres, ovales, visqueuses, garnies en dessous d’un grand nombre de fibres charnues. Cet oignon a une saveur âcre et amère qui s’attache à la langue et se fait long-temps sentir ; il répand une odeur subtile , fort âcre et pénétrante comme celle du raifort. Cette plante e$t très-commune sur les côtes de Barbarie.

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